17 mai 2008
Du côté des celtes
Le cercle Celtique de Björn Larsson.
Que faut-il dire quand un livre nous tient en haleine ? J’ai toujours aimé les histoires de bateaux, plus que de marins d’ailleurs (sauf Melville, le reste m’emmerde un peu), j’ai toujours aimé ces romans avec peu de personnages, perdus et situés dans un espace réduit qu’ils ne peuvent quitter. Il s’agit là d’une espèce de quête, fantastique plus que policière, où une confrérie occulte et politique entretient des liens très étroits avec l’IRA, le Front de Libération de la Bretagne, l’ETA et certains mouvements nationalistes écossais… On se demande où la fiction s’arrête pour céder la place à une réalité qu’on connaît plus ou moins, grâce aux actualités. Le cercle celtique n’a qu’un but : ressusciter une identité celtique, une nation et n’hésite pas à user de tous les moyens dont elle dispose pour parvenir à ses fins. C’est proprement ahurissant que de suivre les aventures de ces deux personnages.
17 mars 2008
De Flint à Wolfe
Depuis le 24 janvier, après avoir quitté les suédois de la SAPO, j'ai zigzagué entre road-movie, schizophrénie et uchronie anarchisante.
Tout d'abord en compagnie de James Flint, auteur du cultissime Habitus dont je reparlerais un jour, qui livre avec Electrons libres, un drôle de roman qui suit les tribulations d'un jeune informaticien - bossant dans un complexe militaire anglais - qui reçoit les cendres de son père (un sculpteur beatnik qui a abandonné sa famille quand le héros était adolescent) et cherche à savoir qui les lui a envoyées. Il parcoure ainsi les états désunis d'amère hic. Un peu déçu par ce récit - ou plutôt, et uniquement, par son style. Le reste, les personnages, l'intrigue, les décors sont bien menés et donnent envie de lire la suite mais ignifugé intellectuellement par Habitus, j'attendais mieux, ou du moins autre chose.
"Pas facile d’être psychiatre face à une patiente du calibre de Jane Charlotte. Condamnée pour meurtre et envoyée à l’asile en raison de ses délires mythomanes, celle-ci se révèle pourtant crédible lorsqu’elle évoque son adolescence agitée, ses combats de boxe avec sa mère, son goût pour les drogues douces et ses tentatives infructueuses pour en faire pousser. La suite, elle, est nettement plus surprenante. A l’en croire, Jane Charlotte appartiendrait aux « Bad Monkeys », une organisation qui se charge d’éliminer, à coup de revolver à infarctus, les malfaisants dont la police ignore encore l’existence : assassins d’enfant, expéditeurs de colis piégés... Etrangement, certains détails de l’histoire policière récente semblent recouper le récit incroyable de Charlotte – quand d’autres en divergent totalement ! Si bien que plutôt que de chercher à déterminer si cette Charlottte est une folle irrécupérable ou la détentrice d’un authentique secret, mieux vaut, à l’instar de son psychiatre, se laisser porter par son récit échevelé, ses personnages allumés, ses armes à mort naturelle, son organisation, structurée comme le KGB en multiple départements aux noms ésotériques (« coûts-bénéfices », « les murs ont des yeux»…), ses instructeurs camouflés en clochardes... Le diagnostic final sur la santé mentale de Jane Charlotte viendra dans les dernières pages, au terme d’une série de rebondissements propre à laisser le lecteur sur les genoux". Gros buzz autour de ce roman et de son auteur (adoubé par Thomas Pynchon). J'aurais aimé davantage. On cite Philip.K.Dick mais l'auteur en est encore loin. Ca fourmille de bonnes idées, de whodunit à la Hitchcock mais il manque un je ne sais quoi de puissant.
Mot de l'éditeur sur "Limbo" de Bernard Wolfe
"Attention au rouleau compresseur ! La société, la machine, la guerre... Soyez des pacifistes intégraux ! Faites-vous couper les membres ! Publié aux Etats-Unis en 1952, cet unique roman de son auteur, Bernard Wolfe, est l'une des plus puissantes fictions prophétiques du XXème siècle, à ranger à côté du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley et de 1984 de George Orwell. C'est aussi un roman d'humour. Très noir. Un classique".
Rien à rajouter. Je l'avais lu en novembre 2002 et l'envie m'est revenue. Voilà ce que j'en écrivais, il y a 6 ans. "Le livre a été publié il y a 50 ans (quelques années après 1984 et Le meilleur des mondes auquel on le compare fréquemment… j’avoue que je n’en avais jamais entendu parler ; combien de livres-fleuves traînent encore au fond des océans, attendant qu’on les sorte du limon ?) mais reste d’une actualité brûlante. Et dans 20 ans, quand ma petite Malo le lira, dans 50 ans, quand sa fille le découvrira à son tour, elles se poseront encore les mêmes questions. Nul n’est prophète en son pays, dit-on ? C’est sûrement vrai mais alors il y a des exceptions. C’est le seul bouquin de l’auteur et je ne saurais jamais combien de temps il a mis à l’écrire – mais un seul ouvrage de cette trempe vous garantit une gloire immortelle. De quoi est-ce que ça parle au juste ? La préface de Gérard Klein est suffisamment explicite : de prognose et de paix à tout prix. La paix ! la grande affaire qui nous concerne tous. Celle de Wolfe, on s’en passera bien volontiers car cette dictature pacifique est ce qu’elle est : une prison née de l’appétit de puissance d’un homme violent et timide, qui a interprété les écrits lunatiques d’un médecin insomniaque pour en tirer une nouvelle religion où l’amputation volontaire est le signe certain d’une appartenance à cette école de la non-vie, Immob. La troisième guerre mondiale de 1972 (j’avais trois ans à l’époque et je n’ai pas été averti, c’est vraiment trop injuste) a détruit l’équilibre planétaire et les USA et la Russie se partagent le nouveau monde. Petit à petit, on apprend ce qui s’est effectivement passé et on reste ébahi, époustouflé de la virtuosité de l’auteur qui balade son lecteur où il veut (plusieurs pages sur la situation sociale des noirs, l’émancipation sexuelle des femmes… ) et le ramène toujours au coeur du maelstrom d’Immob. C’est jouissif à souhait, d’une invention, d’une drôlerie et d’une richesse stylistique qui feraient pisser de jalousie des types aussi sérieux que Huxley ou Joyce. C’est exactement le livre qui devrait être obligatoire à l’école, quand on a 18 ans, des idées plein la tête pour refaire la société (plus juste, plus pacifique, égalitaire…). La paix est une affaire sérieuse à ne pas mettre entre toutes les mains".
23 janvier 2008
Millenium !
J'ai commencé la lecture de cette oeuvre folle le 10 novembre 2007 (je me souviens exactement du lieu où je l'ai acheté et ouvert la première fois) et je lis aujourd'hui les derniers mots de la trilogie de Stieg Larsson, Millenium (1950 pages avalées en 73 jours)... et je me sens déjà orphelin de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander.
Il a déjà été dit beaucoup (trop) de choses sur cet évènement littéraire sans précédent pour un auteur suédois ; il n'y a qu'à surfer sur les blogs pour y lire, au choix, des commentaires enthousiastes ou des critiques éhontées et putrides. En France, quand un livre a du succès, une partie de la presse se déchaîne et vilipende aussi bien l'auteur de ce "mercantile coup de bluff" que les lecteurs stupides qui avalent n'importe quoi. Pour ma part, je range Millenium aux côtés des 25 plus grands livres de ma vie. De même qu'il est hautement recommandé (pour ne pas dire indispensable) pour un fan de science-fiction d'avoir lu la saga Hypérion de Dan Simmons, de même que les Particules élémentaires de Houellebecq ont profondément changé le roman français, la trilogie culte du suédois Stieg Larsson est une drogue pernicieuse qui ne vous lâche plus une fois qu'elle s'est infiltrée dans vos veines - et honnêtement, de combien de romans pouvons-nous dire la même chose ?
Si je devais résumer ces livres (pour ceux que le doute habite encore), le tome 1 est un roman policier assez classique autour d'un serial-killer mais qui réserve son lot de surprises, prend son temps pour installer les personnages et ne laisse jamais l'action prendre le pas sur la psychologie. Le second volume est un thriller policier où la vengeance tient lieu de leitmotiv. Le dernier opus est un formidable thriller politico-policier qui se concentre sur l'enquête judiciaire et dresse un portrait effroyable d'une frange de la société suédoise.
Achetez-le, Louez-le, Volez-le... mais LISEZ-LE !
PS : Je crois aussi que les couvertures brillantes d'Actes Sud sont responsables de l'engouement du public pour ce thriller d'exception. A comparer avec, ci-dessous, les couvertures originales de l'éditeur suédois.
12 janvier 2008
Une année de livres
Dans le désordre, les livres que j'ai lu l'année dernière (avec parfois, quelques commentaires bien sentis).
Blind Lake de Robert Charles Wilson. Mantra de Rodrigo Fresan (un éblouissement et un exercice de style ébouriffant). Money, money de Martin Amis. Au pire, qu’est-ce que je risque de Westlake (avec le grand, l’incroyable, l’impayable John Dortmunder, le lointain cousin américain d’Aristide Mulet, en plus gangster). Féroces infirmes, retour des pays chauds de l’américain Tom Robbins, hilarant, à la manière de Puerto Escondido. Le pingouin de Andrei Kourkov. La course au mouton sauvage de Murakami. Féérie de Paul J McAuley, SF nanotechnologique bien barrée. Spin de Robert Charles Wilson, prix Hugo 2006. London blues, de Anthony Frewin. La lune n’est pas pour nous, de Johan Heliot. Le Bibliothécaire de Larry Beinhart. Plongée en apnée, toutes griffes rentrées, dans les poussées de violence des cadres friqués de Super Cannes, le cauchemar capitaliste de JG Ballard.
Depuis la fin octobre, je suis plongé dans Millenium, la trilogie culte de Stieg Larsson.








