31 juillet 2008
L'évangile d'Aristide Mulet (3)
Il s'en est passé des jours, des semaines - et même des mois - depuis mon dernier atterissage dans la blogosphère. Ce blog n'ayant aucune vocation narcissique, je ne dirais rien de ce silence bimensuel. Je suis de retour parmi nous, c'est suffisant, non !
Nous avions quitté Nestor en fâcheuse posture, l'AUTRE ayant décidé d'anéantir l'humanité (mais ça n'est jamais arrivé, rassurez-vous : le gnome elise et 1 veille sur nous). Que lui est-il donc arrivé ensuite ?
L’évangile selon Aristide Mulet
L’AUTRE décide d’épargner Nestor
89. La famille de Nestor se décompose comme suit : Nestor resta vierge de toute mauvaise pensée jusqu’à l’âge de 57 ans. Durant toutes ces années, il n’offrit son anus qu’à L’AUTRE... et il engendra trois fils : Lucien, Rémi et Vincent. 90. La terre s’était royalement foutue de L’AUTRE, et suppurait le sperme. 91. L’AUTRE jeta un regard trouble sur la terre et rota ; chaque homme avait préféré s’occuper de soi-même plutôt que de se faire ramoner par Dieu. Et L’AUTRE glaviota à Nestor : « Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes, la terre pue le sperme et mon asthme m’empêche de respirer cette douce fragrance ». 92. « Construis avec tes petits doigts boudinés un vaisseau capable de rouler sur l’eau. Tu construiras ton vaisseau avec un bois spécial, ignifugé, et tu tendras des tentures roses à gauche et violettes à droite. 93. Ce vaisseau, tu lui donneras une forme sensuelle, érotique, masculine et tu mettras des voiles, un peu partout, des focs surtout, et à nous la transatlantique ! Quand il voguera sur les eaux, les marsouins applaudiront... comme les phoques les enculeront. 94. Moi, je vais pisser et pisser encore, c’est à dire, faire venir les eaux, pisser sur la terre pour noyer toute créature dépourvue de branchies ; et tout ce qui gémit sur terre sera exterminé. 95. J’établirai mon alliance avec toi en te passant l’anneau autour du doigt, l’anneau rond comme un o. Cours te réfugier dans le vaisseau, toi et tes fils, avec ta femme, ton chien, ton perroquet et tes morpions. 96. De toute créature vivante, tu t’introduiras dedans, car il faut repeupler la terre. Il faut qu’il y ait des mâles et des femelles, et qu’ils se reproduisent gaiement entre eux. 97. De chaque espèce de zoziaux, de chaque espèce de vaches folles, de chaque espèce de petites bêtes qui courent dans les champs, un couple de chaque espèce te suivra s’il veut survivre. 98. Le voyage sera long, Nestor, alors, remplis le frigo et je te conseille d’aller chez Carrefour : en ce moment, ils font des promotions sur les sardines ». 99. Nestor fit tout ce que lui avait dit L’AUTRE, et s’en alla chez Carrefour où il acheta tout leur stock de sardines. Il y eut un rot, il y eut un pet : quatorzième jour.
Nestor entre dans le vaisseau
100. Le Vieux Masturbateur dit à Nestor : « Va dans le vaisseau s’il fait beau, s’il ne fait pas beau, n’y vas pas, ho ho ho ! . 101. Tu vas te faire chier pendant ce voyage, car je n’ai toujours pas inventé les mots-fléchés... alors, histoire d’avoir un peu de compagnie, emmène avec toi des couples de nanimaux sympas, un mâle et sa femelle - et des couples hétérosexuels de nanimaux pas sympas. 102. Prends aussi des piafs - le pigeon aux petits pois, c’est un délice - pour le ball trap. 103. Car dans sept jours, je vais pisser, vomir et chier sur la terre pendant 40 jours et 37 nuits et j’exterminerai toutes les créatures rampantes sur le sol ». 104. Nestor hocha la tête, ce qui chez lui signifiait qu’il était d’accord. 105. Nestor avait atteint l’âge record de 573 ans et 300 et quelques jours quand eut lieu le dégât des eaux. Il y eut un rot, il y eut un pet : quinzième jour.
Le dégât des eaux
106. Nestor entra dans le vaisseau avec sa femme, ses gosses, ses brus, son stock de sardines à la tomate, ses enceintes 1000 watts, son décodeur anal peluche et sa collection de bas résilles. 107. Toute la sainte famille trouva une place dans le vaisseau, même les nanimaux pas sympas du tout. 108. Une semaine se passa en teufs d’enfer, la musique à fond la caisse, les acides à gogo et le calva à flots. 109. Au jour où Nestor fêta son birthday, au quinzième mois, au quarante-huitième jour du mois, ce jour-là, toute la pisse du Vieux tomba sur la terre. 110. La sanie se déversa de rigoles en fleuves pendant 40 jours et 37 nuits. 111. Ce matin-là, la bouche pâteuse et l’haleine avinée, Nestor, accompagné de ses trois bâtards, Lucien, Rémi et Vincent, et de leurs gonzesses, firent monter à bord, tous les nanimaux dont le Vieux avait dressé la liste : « pigeon aux petits pois, poule au pot, canard au vin rouge, escalope de dinde panée, lapine à jojo, sauté de dindonneau, bœuf miroton, poulet à la dioxine et vache encéphalique spongéiforme ». 112. Ils montèrent tous à bord, avec le poivre, le sel et la muscade, le persil et le piment de cayenne, en rang d’oignons, un mâle par-ci, une femelle par-là. Ils entrèrent dans le vaisseau dans l’ordre où l’avait décidé le cuisinier. 113. L’AUTRE, qui passait par là, referma la porte derrière eux. 114. Tous les jours ressemblaient à des dimanches et Nestor ne trouva pas un plombier valable durant 40 jours. 115. La pisse de L’AUTRE n’était que de la bière et la mousse souleva le vaisseau des eaux. Les vagues, raides mortes, furent en crue et en manque, et dans leur privation, construisirent avec leurs petits bras une chape énorme au-dessus de la terre. 116. Ce fut un bordel pas possible ; la terre ressemblait à un terrain de foot en banlieue, ou pire encore, à une soue de cochons - et bien malin qui y retrouverait ses petits. Tous les pauvres hères qui zonaient, et même les fourmis qui n’avaient pas lu l’histoire, clamsèrent sans coup férir. 117. Ceux qui avaient des poumons, ceux qui avaient surmonté les niveaux de pollution, tous ceux qui respiraient par le nez et expiraient par la bouche... tous ceux-là crevèrent la gueule ouverte. 118. L’AUTRE anéantit toute vie qui grouillait à la surface de la terre, à l’exception de Nestor, des nanimaux et des marins qui avaient rejoint le bateau. 119. L’AUTRE pissa seulement pendant 40 jours, mais par un tour de passe-passe, il fallut 150 jours pour que la terre redevienne sèche ! Il y eut un rot, il y eut un pet : seizième jour.
Nestor se barre du bateau
120. L’AUTRE, la gueule dans le cul, après une éternelle nuit d’ivresse, tout en se grattant le front, se souvint de Nestor et de tous les nanimaux qui étaient avec lui dans le bateau. 121. Il péta et la crue se calma - car L’AUTRE avait inventé la plomberie et le principe d’Archimède ! Tous les émonctoires de la Terre et toutes les fentes du Ciel s’obturèrent et la pisse du Saigneur cessa de nous emmerder. 122. Après 150 jours - merde ! au je ne sais plus quel mois de l’année qui ne m’a pas vu naître - la caravelle de Nestor trouva une rade où poser ses fesses. 123. La pisse de l’autre abruti continuait à sentir mais ce n’était plus qu’une douce odeur immonde ! Mais il y avait longtemps que Nestor, qui s’ennuyait à mort, avait ouvert les fenêtres du bateau. Il appela tous les zoziaux qu’ils n’avaient pas bouffé : « petit, petit... » et les envoya découvrir le vaste monde. 124. Le corbeau battit de ses pauvres petites ailes faméliques et voleta de-ci de-là pour découvrir le vaste monde. En chemin il rencontra, non un camembert, mais une colombe qui n’avait pas trouvé où poser son croupion. 125. Aile-dessus aile-dessous, ils rentrèrent au bercail où les attendait le cuisinier, le sourire aux lèvres, son hachoir à la main. 126. Nestor les épargna et s’enferma sept jours durant dans sa chambre avec ses trois rejetons ; puis il relâcha la colombe aux premières lueurs de l’aube. 127. Toute la journée, elle se balada rue de Rivoli, fit des emplettes, rencontra le chanteur Florent Pagny et le soir venu, elle revint au nid, un télé 7 jours coincé dans le bec. 128. Nestor sut ainsi que la pisse de L’AUTRE avait décrue et qu’il y avait un film de Delon le soir à la télé. Une semaine balaya les miettes du temps sous elle, la colombe méditait, pensait à son petit homme, Nestor lisait le journal du soir au matin. 129. Au matin du huitième jour, il lâcha la colombe qui se barra pour aller retrouver son amant, Florent... et jamais elle ne revint ! mais ceci est une autre histoire. 130. Car il est dit quelque part, qu’en l’an de disgrâce 601, il n’y eut plus aucune trace sur terre du pipi du Saigneur. 131. L’AUTRE dit à Nestor : « Totor, sors de là si t’es un homme ! sinon t’es mort... le singe descend de l’arbre et toi tu sors de l’arche, elle est bonne celle-là ! Emmène avec toi toutes tes gonzesses et tous ces trous du cul qui se dandinent pour mon seul plaisir. Et pendant que tu y es, vide le bateau de tout ce qui court, rampe, vole, nage... ». 132. Nestor sortit, tel un desperado, et derrière lui, les femmes de ses fils, ses trois amants et tous les nanimaux qui restaient... Le cuisinier sortit en dernier, la blouse tâchée de sang. 133. Nestor rassembla une vingtaine de mottes de terre qui traînaient et construisit un hôtel pour L’AUTRE. Le cuisinier, convié à la fête, fit un ragoût gigantesque avec plusieurs zoziaux. 134. L’AUTRE bâfra comme un cannibale et pétant, se dit à lui-même : « Par la couille de J’ai haut Va ! l’homme est con mais il sait faire à bouffer : il faut que j’arrête mes conneries. Je vais le laisser tranquille et copuler comme une bête ». 135. « Tant que la bouffe sera bonne, femmes et hommes, hommes et hommes, hommes et animaux, été comme hiver, jour et nuit, feront ce qu’ils veulent ensemble ». Il y eut un rot, il y eut un pet : dix-septième jour.
16 mai 2008
L'évangile d'Aristide Mulet (2)
L’évangile selon Aristide Mulet
Après son succès dans les affaires de l’Eglise, Aristide Mulet se vit charger d’une autre mission de la plus haute importance. La rédaction, en langue plus que vulgaire de la Vulgate. Après la lecture du premier auxpuces, les autorités ecclésiastiques décidèrent de confier cette mission à un autre suppôt de Dieu. Bien entendu, ce livre est à déconseiller aux mineurs… aux chauffagistes et aux femmes enceintes.
La suite du maître-livre d'Aristide Mulet.
Les descendants de Robert
58. Robert quitta le quartier du Marais et rencontra sa femme, du côté de la République. Il la connut et elle enfanta Bernard. Robert, avec ses dix petits doigts se mit à construire une ville, et il lui donna le nom de son fils, Bernard. 59. Bernard sauta la première fille venue et enfanta Gaston ; Gaston leva une fille dans une boîte de la nuit et engendra Antoine, et Léon naquit de Antoine et de sa femme Germaine. 60. Léon, qui avait un côté pervers, prit deux femmes ; l’une s’appelait Léone et l’autre Simone. Léone enfanta Renaud, qui devint plus tard chanteur ; son frère s’appelait Michel, et plus tard, il rencontra une femme qui avait des seins en forme de poire. 61. Simone, quant à elle, enfanta Gustave, celui dont les sourcils se rejoignaient à la lisière du front ; la sœur de Gustave était Emma. 62. Léon dit à ses femmes : « Léone et Simone, vos gueules ! Je parle... Femmes de Léon, le petit patapon, prêtez-moi vos oreilles. Oui, j’ai tué un homme pour lui piquer son portefeuille, oui j’ai volé une pomme chez Taieb, le petit épicier. Oui, mon arrière-du-derrière grand-père, Robert, celui qu’avait les cheveux verts, sera vengé, mais pour cela : je dois expier ses fautes ». 63. Belle baisa une fois encore sa femme, et elle enfanta un fils et le nomma Gérard, « car L’AUTRE m’a dit : j’ai rare... ment joui comme aujourd’hui ». 64. A Gérard naquit aussi un fils qu’il appela Nonos, pour faire rire les enfants. On commença seulement alors à invoquer le nom de L’AUTRE, qui se cachait dans les bois. Il y eut un rot, il y eut un pet : onzième jour.
Liste des patriarches de Belle à Nestor.
65. Belle avait quelques ennuis avec la police, aussi, il ne se déplaçait jamais sans son livret de famille. Le jour où L’AUTRE chia Belle, il le déféqua à la ressemblance de L’AUTRE. Avec une croupe qui se dandinait, il le créa, tortillant du cul, il le créa. 66. Belle vécut 122 ans, l’âge de Jeanne Calment, et à sa ressemblance il créa selon son image, un fils qu’il appela Gérard. Après que Belle eut engendré Gérard, qu’il appelait parfois Gérald, parce qu’il aimait bien les Anglais, il continua à faire chier la terre durant six cent cinquante huit années. 67. Belle vécut en tout et pour tout 927 ans et creva la bouche ouverte. 68. Gérard vécut 83 ans et engendra Nonos. Comme Nonos n’arrêtait pas de raconter des conneries, Gérard utilisa son sperme pour la mayonnaise et dit adieu aux femmes. Après avoir évacué Nonos, Gérard vécut encore 678 ans et mourut, un doigt dans le cul, car « qui se couche avec le cul qui gratte se réveille avec le doigt qui pue ». 69. Gérard vécut 761 ans et passa l’arme à gauche. 70. Nonos vécut 77 ans et engendra Roland ; il appela son fils Roland parce qu’il avait une vraie tête de gland. Après avoir engendré Roland, Nonos vécut 599 ans et forniqua encore et encore, « car le poireau était toujours vert ». 71. Nonos vécut en tout 676 ans et se trompa dans ses additions avant de claquer. 72. Roland vécut 69 ans, dans un état de virginité à la limite de la normalité, et engendra Roger, qui ressemblait à un boucher. Après avoir mis au monde Roger, Roland vécut 583 ans et suça les pissenlits par la racine. 73. Roland vécut en tout et pour tout 652 ans. 74. Roger vécut 63 ans et engendra Jérôme, qui avait une tête de fibrome. Après avoir engendré Jérôme, Roger demanda conseil à L’AUTRE qui cuvait son vin au pied de l’arbre, et fabriqua des fils et des filles durant 239 ans à raison d’un par an. 75. L’AUTRE le trouvant à son goût, Roger, qui ressemblait à Raymond, fut enlevé par les anges de L’AUTRE et n’arrêta pas de se faire enculer. 76. Roger vécut en tout et partout 302 ans. 77. Jérôme vécut 136 ans et engendra Thomas. Après avoir engendré Thomas, Jérôme, qui travaillait la semaine à France Télécom, vécut encore 497 ans et s’endormit pour ne plus se réveiller. 78. Jérôme vécut 633 ans et ne fit plus parler de lui. 79. Thomas vécut 97 ans et engendra un fils. Il lui donna le nom de Nestor, car la plupart des prénoms étaient épuisés. Comme il le regardait droit dans les yeux, il lui dit : « Nestor, si tu sors dehors, t’es mort... ». Après avoir engendré Nestor, Thomas vécut 666 ans et les vers commencèrent leur travail. 80. Thomas vécut seulement 763 ans et se retira. 81. Nestor était âgé de 422 ans, trois semaines et six jours quand il engendra Lucien, Rémi et Vincent... Il y eut un rot, il y eut un pet : douzième jour.
L’AUTRE décide d’anéantir l’humanité
82. Alors que les hommes avaient à peine commencé à forniquer dans la boue, et que des langoustines leur étaient nées, les résidus de fond de capote de L’AUTRE – les anges de la Bible - virent que les mômes étaient bandantes et qu’ils bramaient comme des cerfs rien qu’à les apercevoir. 83. Aussi choisirent-ils parmi les poulettes, celles qui pouvaient encore passer pour des femmes, histoire de les engrosser. 84. L’AUTRE beugla : « Mon sexe est de trente-neuf centimètres, au repos : l’homme n’est que faiblesse et son sexe n’atteindra pas vingt-cinq centimètres, en plein effort ». 85. Durant cette époque, les sadiques étaient sur la terre et baisaient à couilles rabattues, et ils y étaient encore lorsque les anges, timides et efféminés, s’approchèrent des sauterelles et, après moultes caresses, eurent d’elles des nains au visage rapetissé. Ce sont les pauvres abrutis d’autrefois, ces couillus inhibés. 86. L’AUTRE vit que les hommes de la terre continuaient à s’accoupler, à se faire tirer le chinois : à longueur de journée, son vit turgescent sonnait l’hallali dans son caleçon, et L’AUTRE se répandit sous lui d’avoir engendré l’homme. 87. Il prit son sexe dans sa main et souffla : « Merde ! je me suis fait avoir... Tous les animaux de la terre, toutes les bêtes rampantes, glissantes, suçantes... Je les éliminerais tous, un par un, car je n’ai pas été invité à leur partouze ». 88. Mais Nestor trouva grâce aux yeux de L’AUTRE, car ses couilles étaient pleines. Il y eut un rot, il y eut un pet : treizième jour.
27 avril 2008
L'évangile d'Aristide Mulet
Non, quoique vous puissiez en penser - frappant de joie un poing irascible sur une paume qui n'en demandait pas tant (puis sur votre femme après la douleur) - le personnage à l'extrème gauche n'est pas Aristide Mulet (ni même Robert Hue atteint d'une conjonctivite aigüe - le pauvre) mais une simple représentation graphique de ce qui aurait pu arriver à notre bien aimé ami si les sbires de la PP (police papale pour les ignorants) avaient eu des ouies et lui étaient tombé dessus ! Dieu soit loué, ce ne sont pas des poissons, ni même des méchants. Et j'ose croire que peu de monde en ce bas (voir le mot à gauche) n'a entendu parler de sa dernière oeuvre, toujours en chantier (le gros problème, c'est que l'échafaudage est branlant et que les ouvriers n'en peuvent plus).
Il ne s'agit ni + ni - que de l'évangile.
Paix à nos âmes ! Aristide Mulet s'occupe de tout.
Gilles, la catéchèse est loin, le chat sur la chaise juste derrière toi !
L’évangile selon
Aristide Mulet
Après son succès dans les affaires de l’Eglise, Aristide Mulet se vit charger d’une autre mission de la plus haute importance. La rédaction, en langue plus que vulgaire de la Vulgate. Après la lecture du premier auxpuces, les autorités ecclésiastiques décidèrent de confier cette mission à un autre suppôt de Dieu. Bien entendu, ce livre est à déconseiller aux mineurs… aux chauffagistes et aux femmes enceintes.
LA GENISSE
L’AUTRE crée le ciel et l’humour
1. Lorsque L’AUTRE commença la création du ciel et de l’humour, la Terre était triste ; l’odeur de L’AUTRE planait à la surface des eaux, il n’y avait pas encore de poissons ni de moustiques. 2. Et L’AUTRE rota : « Que l’humour soit ! ». Et l’humour fut. L’AUTRE vit que l’humour était bon et se gratta l’entrejambe. 3. L’AUTRE sépara l’humour de la gaudriole, et il créa le café et TF1. L’AUTRE appela l’humour « humour » et la gaudriole, il l’appela « gaudriole ». 4. Il y eut un rot, il y eut un pet : premier jour. 5. L’AUTRE se racla la gorge et glaviota : « Qu’il y ait des playmates au milieu du paysage audiovisuel et Patrick Sébastien ». 6. L’AUTRE fit Patrick Sébastien et il créa les playmates à la poitrine opulente ; il fit Patrick Sébastien avec ce qu’il trouva, c’est à dire presque rien, un peu de merde sèche et un reste de pain mâché, et il en fut ainsi. Il y eut un rot, il y eut un pet : deuxième jour 7. L’AUTRE appela Sébastien « Belle » car il avait vu le feuilleton. Mais L’AUTRE s’ennuyait, alors il engendra la deuxième chaîne de télévision. 8. Il y eut un rot, il y eut un pet : troisième jour. 9. L’AUTRE dit : « Faisons l’homme à mon image, et qu’il ait des morpions, pour se tenir compagnie et des flatulences, pour se tenir chaud » ; ainsi fut fait. L’AUTRE créa l’homme à sa ressemblance, à sa ressemblance il le créa ; flatulent et ventru il le créa. L’AUTRE le bénit et lui dit : « Sois très con et prolifère, remplis la Terre et domine-la : voici, je te donne la télécommande et l’écran plat ». L’AUTRE vit tout ce qu’il avait fait et se masturba de plaisir, et de sa semence naquit M6. Il y eut un rot, il y eut un pet : quatrième jour. 10. L’AUTRE acheva au septième jour ce qu’un autre aurait fait en deux heures ; il arrêta ses conneries au septième jour. 11. L’AUTRE se masturba sept fois de suite et bénit sa semence, ses mains étaient humides et son front couvert de pustules, ou bien était-ce le contraire ! Telle est la naissance du monde selon la génisse.
Le jardin d’Edain
12. Le jour où L’AUTRE s’astiqua sept fois le chinois, il n’y avait encore rien de vivant sur la terre, nul animal, nulle plante : à peine de quoi nourrir un SDF. 13. L’AUTRE prit de la bouse qui traînait et barbouilla Belle ; il lui souffla dans les narines, ce qui le fit éternuer. 14. L’AUTRE, réalisant ce qu’il venait de faire, planta Belle tout seul dans ce jardin d’Edain. Il mit à disposition de l’homme la vieille télévision en noir et blanc, et garda pour lui Canal + et Canal Jimmy - car L’AUTRE avait des penchants pédophiles. 15. L’AUTRE se masturba toute une nuit et de sa semence, il fit germer des patates du sol ; comme il adorait les céréales, il invita également les chinois à venir s’occuper des rizières. Pour finir, il se rendit un dimanche chez Truffaut et acheta des arbres avec des feuilles, des branches et des cochenilles. 16. Il devait se mettre debout et pisser pour irriguer le jardin, et il aimait bien le faire car l’eau, en tombant, lui coulait le long des jambes. 17. L’AUTRE attrapa par la peau des fesses Belle qui cuvait sa bière et l’établit dans le jardin d’Edain pour s’occuper des patates et surveiller les nyakoués. 18. L’AUTRE commanda à l’homme : « Tu pourras bouffer toutes les patates qui sont dans le jardin mais tu ne toucheras pas aux fruits qui sont sur l’arbre, car ils sont pour moi, rien que pour moi ». 19. L’AUTRE dit : « Il n’est pas bon pour l’homme de rester seul, car il gaspille son sperme. Je vais lui donner une aide qui l’aidera à supporter l’existence ». 20. L’AUTRE, se rappelant un tour de passe-passe de Garcimore qu’il avait vu la veille à la télévision, claqua dans ses doigts et fit apparaître des oiseaux, des cochons, des blattes et des huîtres. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom « être vivant ». 21. Belle, qui avait la gueule de bois, se trompa quand il donna le nom aux choses : il appela les huîtres « oiseaux » et les oiseaux, il les appela « huîtres ». 22. L’AUTRE s’aperçut qu’il manquait toujours une esclave pour servir l’homme et Il décocha un uppercut au pauvre Belle qui s’endormit pour de bon. 23. Alors, tout en compulsant le manuel du petit biologiste, il créa une femme avec ce qu’il trouva sous la main. Belle, en se réveillant, s’écria : « Nom d’une couille, mate la gonzesse ! L’AUTRE... Elle a une de ces paires de roplopos, de quoi te tailler une cravate de notaire sur mesure ! ». 24. Il y eut trois rots et trois pets, l’un à la suite de l’autre (car la veille, L’AUTRE avait bouffé de la choucroute, largement arrosée de bière) : septième jour.
Belle et la playmate chassés du jardin d’Edain
25. Or la télécommande était la bête la plus astiquée de toutes les bêtes qui s’emmerdaient dans le jardin d’Edain. Elle dit à Belle qui déféquait au pied de l’arbre de la conne-naissance : « Vraiment ! L’AUTRE vous a dit : vous ne regarderez pas canal + le samedi soir ». 26. Belle, les yeux exorbités, répondit : « Est-ce que ça te dérange d’avoir de la merde au cul ? ». La télécommande lui affirma que non ; Belle l’attrapa d’un geste rageur et s’essuyant le fondement, lui dit : « Moi, si ! ». 27. Une fois fini, il reposa la télécommande à terre ; elle lui dit : « Le jour où vous regarderez canal +, vos yeux s’ouvriront et vous vous sentirez tout drôle... et votre sexe deviendra tout dur ». 28. Belle vit que la télécommande disait la vérité : il tenait pour preuve qu’elle ne s’était pas essuyée – mais c’est vrai qu’elle n’avait pas de bras, juste des petits boutons sur le corps. D’un pas décidé, quoique silencieux, il alla à l’autre bout du jardin où L’AUTRE somnolait, hagard et lui vola sa télévision couleur. 29. Il y eut un rot, il y eut un pet : huitième jour. 30. Or, le lendemain, à l’heure où Belle était muet, son jésus tout frétillant de plaisir dans la gorge de la playmate, la voix de L’AUTRE résonna. Le couillu et la souillon se cachèrent au milieu des arbres du jardin. 31. L’AUTRE, qui s’ennuyait et voulait tirer un coup, appela l’homme et lui dit : « Nous irons dans la forêt si le loup n’y est pas, si le loup y était, il nous mangerait... ». 32. Belle répondit : « J’ai entendu ton feulement dans le jardin et je suis devenu sourd, car la playmate jouait avec mon python ». 33. L’AUTRE rétorqua : « Comment oses-tu forniquer de la sorte ? Il n’y a qu’un conduit, mon fils, à ramoner. Est-ce que je ne t’avais pas dit que les sucettes filent des caries ? ». 34. Belle argumenta, comme son sexe diminuait de volume : « La playmate m’a montré le film que tu avais enregistré hier soir sur Canal + et toute la nuit elle a rêvé de chuppas, alors ce matin, comme je m’admirais, elle s’est jetée sur moi et elle a commencé la petite affaire ». 35. L’AUTRE rota à la playmate qui passait par là : « Sorcière, qu’as-tu fait là ? Ma bite est bien meilleure : elle a un goût de cannelle ; ce n’est pas comme la sienne qui sent l’urine ». La playmate murmura, s’essuyant les lèvres du revers de la main : « C’est ta télé couleur, sadique, qui m’a mis la puce à l’ovaire ». 36. L’AUTRE, cahin-caha, un peu dérangé parce qu’il n’avait pas encore fait caca, se dirigea vers le mobil home du couple et regardant la télé couleur droit dans l’écran, lui dit : « Tout ceci est de ta faute, hyène fétide, regarde mon Belle, il est tout drôle ». Et L’AUTRE lui dit encore : « Parce que tu as fait ce que tu as fait, parce que tu as fait ce qu’il ne fallait pas faire, tu seras maudit entre tous les écrans de télé, et tu t’appelleras dorénavant Grundig, pour faire allemand. 37. Je sèmerais la zizanie et la chtouille entre toi et la télécommande, entre tes chaînes et le câble. Celui-ci sera crypté et celles-là n’iront même pas sur ton vélo ». 38. Il dit encore à la playmate : « Par un tour de passe-passe - hop ! hop ! ni vu ni connu, je t’embrouille... et je te dérouille - que Majax m’a appris, je ferais de toi une femme enceinte qui souffriras beaucoup ; et tu auras un gros ventre, gros comme un œuf d’autruche boulimique, et Belle deviendra un grand boxeur qui mettra KO Tyson, et ton ventre sera son punching-ball... Ainsi j’ai parlé, Na ! ». 39. Il dit à Belle qui avait mis ses gants et s’entraînait : « Parce que tu as écouté ta femme et que tu n’as même pas fait pipi à l’intérieur de sa gorge, tu auras des poils sur le visage comme les portugaises et tes dessous de bras sentiront le varech. Oui, tu es de la merde et à la merde tu retourneras ». 40. Belle appela la playmate Inga - c’est à dire La Suceuse - du nom de l’héroïne du film qu’il avait vu la veille. 41. L’AUTRE prêta son slip kangourou à Belle et un body noir en licra à Inga. 42. L’AUTRE dit : « Voici que Belle est devenu l’un des nôtres, car il porte mon slip jaune devant, marron derrière. Maintenant, qu’il ne fasse pas éclater les coutures du slip kangourou en bandant le matin, ni ne pisse sans se déshabiller ! ». 43. L’AUTRE expulsa Belle du Jardin d’Edain pour aller porter sa parole dans le monde. 44. Ayant chassé l’homme, il encula un chérubin qui tricotait. Il y eut un rot, il y eut un pet : neuvième jour.
Robert et Raymond
45. Belle, s’y étant repris à trois fois, trouva la porte aux milles et uns plaisirs, et se répandit dans le ventre de la femme. Elle devint enceinte, enfanta Robert et dit : « Je viens de me faire défoncer par un homme, et mon ventre ressemble à un œuf d’autruche boulimique ». 46. Belle s’astiqua une fois encore le python à l’intérieur de la femme, et elle enfanta Raymond. 47. Raymond avait des cheveux blonds et une mèche qui lui tombait sur le front, et il vivait avec les moutons ; Robert, lui, avait les cheveux verts, passait son temps à dessiner des svastikas et à lire Hegel. 48. A la fin de l’année, comme le froid leur gelait les couilles, Robert se présenta devant L’AUTRE et lui échangea sa collection de croix gammées contre une montre swatch ; Raymond apporta lui aussi deux agneaux qui lui ressemblaient et l’appelaient « Papa ». 49. L’AUTRE tourna son regard vers Raymond et lui caressa les roubignoles ; mais il détourna son regard de Robert et garda sa montre qui faisait réveil aussi. 50. Robert s’en alla, et fit un bras d’honneur à L’AUTRE qui chatouillait son frère ; chiant à même le sol, il sculpta avec sa merde une statue représentant L’AUTRE. 51. L’AUTRE, qui errait comme une âme en peine, dit à Robert : « Pourquoi tournes-tu ton regard vers la terre - et ton cul loin de moi ? Si tu baisses ton froc, tu goûteras de mon gourdin ! Si tu me refuses le droit d’entrée, le remords te mordra les doigts ». 52. Robert causa à son frère du dernier album de Queen, et lorsqu’ils furent seuls aux champs, Robert tua Raymond. 53. L’AUTRE qui n’avait rien à foutre et passait son temps à emmerder les autres, dit à Robert : « Où est ton frère ? mes roustons sont comme deux boules de billard, pleines à craquer ». « Je ne sais pas où il est, répondit Robert. Je ne suis pas la petite amie de mon frère ! ». 54. « Menteur, hétérosexuel... répliqua L’AUTRE. L’odeur du sperme de ton frère empuante du sol vers moi. Tu es maintenant maudit du sol qui a recueilli le sperme de ton frère avant ma bouche... Bou !... ». 55. « Tu souffriras par où tu as cultivé les pêchers et quand tu seras dans le ventre d’une femme, tu crieras en vain pour sortir... Et quand tu seras sorti, tu vendras ton âme pour y rentrer à nouveau ». 56. Robert dit à L’AUTRE : « Comment veux-tu que je lève une fille en boîte si tu m’empêches de la baiser ? Si je dois me contenter des baisers dans le cou, c’est trop dur pour moi ». 57. L’AUTRE lui dit : « Ta... ra... ta... ta ! tu n’as que ce tu mérites ». L’AUTRE décida que tous les hommes de la race de Robert auraient un sexe ridicule, plus petit qu’un double décimètre. Robert prit son sac à dos et quitta le pays. Il y eut un rot, il y eut un pet : dixième jour.
11 avril 2008
L'origine de tout début de chaque commencement...
A l'origine de chaque mythe, il y a une histoire en sommeil. Aristide Mulet est né comme il a pu - à coups de forceps et de biceps faibles quand même - et s'est tout de suite fait entendre drôlement. Cette histoire est la première qui le met en scène, à une époque où le monde balbutiait encore dans ma tête, j'avais 23 ans et je ne savais rien.
Le mort avait les poches pleines
Le corps de l’homme reposait dans un somptueux coffre en bois de chêne, finement ciselé d’ornements sur les bords. Ou plutôt, ce qui restait de ce qui avait été un homme, car la scène se passe de tout commentaire, à l’intérieur d’une église, dans une atmosphère silencieuse de recueillement qu’entrelardent à peine les pleurs et les soupirs contrits. C’est d’un cadavre qu’il s’agit, d’une anatomie qui n’en est plus une pour longtemps. Bientôt, en effet, la Mort entamera la travail qui la rémunère et la lente décomposition chimique, parfumée des relents délétères de la putréfaction le soustraira à tout jamais à l’attention des hommes. Il faut donc l’enterrer de suite, juste après l’office funéraire... avant qu’il ne devienne méconnaissable.
Aristide Mulet était mort deux jours plus tôt, un dimanche en fin de matinée. A onze heures et trente-huit minutes confia plus tard son épouse, Myrtille Mulet, née Eule. La femme avait trouvé son mari allongé dans son rocking-chair, une mouche endormie sur son visage. Elle savait, depuis toutes ces années de vie commune, à quel point la sieste était sacrée pour son époux, et jamais elle ne l’avait dérangé jusqu’à ce jour. Mais cette mouche posée sur sa joue, lui qui avait horreur des animaux, lui avait mis la puce à l’oreille, et en s’approchant à pas de loups du fauteuil où somnolait son époux, elle avait réalisé qu’il était mort. Le médecin qui l’avait ausculté avait diagnostiqué une embolie pulmonaire. Mais à quoi bon chercher un sens à ce décès ? Tout ce que l’on peut dire, sans trahir le secret de la famille, c’est qu’il était mort sans crier garde et sans prévenir quiconque... comme c’est souvent le cas.
La cérémonie mortuaire se déroulait dans un calme olympien, un vrai calme de mort. Mulet aurait indéniablement éprouvé un regain d’affection à l’égard de son épouse s’il avait eu connaissance du soin et du brio de cette mise en bière. Rien n’avait été négligé : les cierges brûlaient dans les candélabres, le prêtre sermonnait et l’assistance était muette, toute renfermée dans une psalmodie léthargique, comme tétanisée sur place. La famille du défunt, les cousins et les rares connaissances se pressaient devant le cercueil, et après le signe de croix que quelques enfants en bas âge tracèrent dans l’air à l’envers, tout le monde regagna sa place sur les bancs. Chacune de ces personnes priait pour le repos de l’âme de ce malheureux, fauché dans la fleur de l’âge, car il n’y a que devant la mort que tout le monde est jeune. Ils décrivaient un cercle de leur place jusqu’au cercueil, et du sarcophage à leur place, déposant des baisers mouillés sur les joues déjà sèches de la veuve en habit de deuil. Le prêtre continuait sa litanie en latin, assurant par là même l’éternel repos du malheureux auprès de Notre Seigneur, et l’éplorée ne le quittait pas des yeux, s’abîmait la vue dans une contemplation digne des ascètes du désert : il était si beau et si vivant.
Au sein de cet éther mystérieux qui sied à l’église, nul ne remarqua l’entrée en scène d’un spectateur imprévu qu’aucune âme ici présente ne se souvenait d’avoir invité. Mais celui-ci pouvait tout se permettre, n’ayant qu’un très lointain rapport avec toute forme de religion, et de toute façon, n’ayant rien appris des contingences particulières à un service obituaire - ou n’ayant rien retenu de ses leçons de catéchisme. Il avançait, bousculant les statues humaines, la gueule ouverte sur des dents d’une blancheur éclatante. Il n’était pas de la famille, cela était sûr : il devait être étranger, un danois probablement. S’il s’était cristallisé à l’endroit où il se tenait, s’il avait mêlé ses larmes aux autres, l’histoire se serait couronnée au cimetière comme il arrive la plupart du temps, à moins de tomber sur un athée que la perspective de croupir éternellement sur une étagère poussiéreuse, confinée à l’intérieur d’une boîte tape-à-l’œil ne rebutait point. Mais ce trouble-fête était trop ému pour ne pas passer outre à ce que son éducation ne lui avait jamais enseigné : la bienséance. Il guidait ses pas sur ceux des autres qui continuaient leur marche vers le cercueil, cet oblong paletot sans manches difficile à porter pour quiconque est libre de ses mouvements - mais Aristide Mulet avait bel et bien cessé de s’agiter en vain et seule les paléontologues des siècles à venir pourraient un jour s’intéresser à cette architecture osseuse.
On eut vent de la présence de l’étranger alors qu’il s’efforçait de renverser le couvercle du coffre, griffant, mordant même, la bave aux lèvres. Le sang de la douairière lui monta aux joues à la vue de ce spectacle qu’elle n’avait pas prévue, et elle abandonna l’homme de Dieu à son latin. Il est vrai que le comportement de l’étranger, en ce lieu de piété et de tristesse était plus qu’indécent, intolérable. On se sentait le cœur levé à ce spectacle dégoûtant. L’étranger méritait une correction, et plus encore, le châtiment suprême, mais comme les anges du bon Dieu tardaient à se manifester et à lui bourrer les côtes de coups de poings... Aux cris de « Abattez cette chose », la foule prit peur et aboya ses insultes, ses menaces de mort. La chevelure de l’héritière, dénouée, tombait en cascade sur ses épaules, la sueur perlait sur chaque front, les mains se crispaient : ce qui faisait la vie resurgit dans ce lieu consacré à la mort. Mais la bête, alertée par ces cris sans pareil, montrait les dents, menaçante, tournant autour du cercueil, l’œil comme fou. Elle hurlait et bavait, et ses hurlements, amplifiés par l’écho, assourdissaient le bruit des bousculades et des piétinements.
Le danois flairait le cercueil et s’échinait à le renverser. Dans la salle, chacun voulait mettre un terme à ces agissements, stopper net cette affreuse mascarade, mais chacun se retenait, le regard ancré sur le plus proche voisin, assez près pour être respecté, en cette circonstance exceptionnelle, comme un ami et cependant, suffisamment égoïste pour refuser la loi du talion et un quelconque acte de bravoure. Finalement, une âme, redevenue pour les besoins de la cause, un corps actif et combatif, dégaina un revolver. On se ficha bien de savoir comment cet individu avait osé pénétrer à l’intérieur de ce sanctuaire une arme à la main. Tout ce qui comptait, c’est qu’il possédait un revolver et qu’il allait donc pouvoir abattre le monstre. Le danois n’était plus que griffes et crocs, il avait si bien manœuvré que la bière se trouvait à présent en équilibre précaire, avec le vide en-dessous, et il cognait, frappait, aiguillonné par une passion qui semblait inhumaine. Au même instant, le chien de l’arme se releva, l’homme visa la forme qui s’écroula, frappée en pleine tête. Dans sa chute, l’étranger renversa le cercueil qui bascula puis s’effondra sur le sol, livrant passage, par cette ouverture inopinée à un cadavre toiletté qui roula sur près d’un mètre.
La cervelle de l’animal dégoulinait de son crâne, ouvert en deux, et dans cette odeur de sang encore chaud, on entendit soudainement le bruit du verre cassé. Un bocal venait de glisser d’une des poches du mort, se brisant sur le carrelage rougi du sang de la chienne. Confondu à ces miasmes de chair mourante, un effluve de formol envahit l’église et piqua les yeux de ceux qui n’avaient pas fui avant, leur permettant tout juste d’apercevoir une masse informe qui doucement sortait du bocal brisé.
C’était le cadavre d’un chiot, mort-né, que le mort gardait en sa possession. La chienne était sa mère, venue prier, à sa façon, pour son repos.
16 mars 2008
Noel au Balcon, pâques sous le gazon !
Une nouvelle aventure de l'imputrescible, l'ambidextre, l'amphibien, l'agoraphobe, le cuistre, l'ingambe, le champion des causes perdues d'avance... Aristide Mulet.
Un Noël en famille
D’une nature optimiste qui confinait à la bêtise, notre compagnon Mulet n’avait jamais vraiment cru à la tristesse de ses congénères. Aussi éprouva-t-il une cyclopéenne surprise lorsque le hasard, par le truchement d’un magazine tous publics, le mit en face de ce fait irrévocable : une famille sur dix n’avait pas son Noël à elle. Or Noël tombait cette année le lendemain du vingt-quatre décembre. Le sang de Mulet ne fit qu’un tour et d’une fougue digne d’Alcibiade, il cassa le cochon des économies et s’en alla acheter un costume, afin, se dit-il, « de rendre une famille heureuse », au moins pour un soir.
Comment s’y prit-il pour atterrir tel un ange dans un cénacle de dévots, au sein d’une famille oubliée de tous, pour laquelle le rouge et le blanc n’étaient que des couleurs se mariant très mal ensemble ? Rien de plus simple ! Le vingt-quatre dans la soirée, notre ami vagabonda, de venelles en avenues, repassant à cinq reprises devant son domicile et levant son regard contrit vers cette seule fenêtre enténébrée, sans se rendre compte de rien. Finalement, toute errance connaissant son exténuation, alors qu’il divaguait, moitié lui-même, moitié père Noël rongé par l’ennui, il s’arrêta au pied d’un immeuble en briques. Et il vit une pâle lumière au milieu des feux multicolores et des pétards noceurs, et il entendit un silence stertoreux au milieu des brouhahas.
La révélation le gifla de plein fouet : il était enfin arrivé au but de sa course, et minuit n’avait pas encore sonné. D’une allure d’ours kodiak se dirigeant vers sa tanière, il grimpa péniblement les trois étages de l’escalier, le cœur prêt à lâcher. Devant la porte, Aristide réajusta sa barbe postiche et pressa la sonnerie. Une longue minute d’attente lui fit faire le pied de grue, et comme il s’apprêtait à repartir, la porte gronda sur ses gonds.
- C’est pourquoi ?
Une voix venait de prononcer ses mots, mais devant le regard interdit d’Aristide ne se profilait que le vide. Rien ne s’était présenté qui aurait pu expliquer pareil mystère, à moins... à moins qu’il ne soit tombé sur un ventriloque.
- C’est pourquoi, répéta la voix.
Alors, baissant les yeux, il distingua un enfant, grand comme un nain.
- C’est Noël. Je suis le Père Noël et ma hotte est pleine de cadeaux.
A ces paroles, les pupilles du marmouset s’emplirent d’une fontaine de larmes, il se mit à trembler et s’effaça... pour réapparaître quelques pas plus loin, Monsieur Noël sur ses talons.
- Bonjour, Famille Désœuvrée. Je suis venu du plus haut des Cieux rendre justice.
L’homme et la femme s’observèrent, embarrassés, cherchant un sens à cette intrusion.
- Qui êtes-vous ? demanda enfin l’homme, d’une voix sifflante.
- Je suis le Père Noël.
- Est-ce que nous nous connaissons ?
- Le Père Noël connaît tout le monde.
Après un silence, l’homme reprit la parole :
- Vous arrivez trop tard, Monsieur Noël. Tout est fini... pour nous.
- Allons, du nerf ! clama Aristide. La fête ne fait que commencer.
Mulet n’avait aucune idée du lieu où il était tombé. Ni l’aspect exsangue de ces personnes, ni l’atmosphère de renfermé qui régnait dans la pièce ne le troublèrent. Il était là où il devait être, un point c’est tout. Et quand cette famille fut prise de quintes de toux vraiment alarmantes, il n’imagina rien que du plus normal.
- Monsieur Noël, reprît le maître de céans, vous devriez partir au plus vite... Nous ne sommes pas...
- ... Des gens recommandables, ajouta son épouse mal à l’aise, un mouchoir coincé sur les lèvres.
- Tut, tut, tut... Vous ne vous attendiez pas à ma visite, voilà tout. Mais maintenant que je suis là, je ne saurais être ailleurs. Aristide se retourna vers l’enfant, les yeux grands éclos comme des pièces de cinq francs.
- Approche mon enfant, je vais te faire une surprise. Assieds-toi, ferme les yeux et ouvre la bouche.
- Non, Monsieur Noël, dit l’enfant. Je tousse trop, ce n’est pas bon pour vous.
- Sois sage. Tiens, prends ce bonbon... Mais ouvre les yeux bon sang, tu vas avaler le papier avec !
- Monsieur, reprit le père, vous ne savez pas qui nous sommes, ce que nous sommes ?
- Et alors ! est-ce que vous savez qui je suis, moi ? Cela n’a strictement aucune espèce d’importance. Le Père Noël récompense chacun selon ses mérites, et mon petit doigt m’apprend que les vôtres sont incomparables.
- Mais ce n’est pas ça... Nous sommes malades.
- Allons donc ! De nos jours, tout le monde est malade. On ne va pas s’en faire pour si peu. Tenez, ma Myrtille par exemple : cela fait deux jours qu’elle est au lit avec une grippe, et est-ce que je m’en fais des soucis, moi ?
- Mais le mal dont nous souffrons n’a rien à voir avec une grippe... La grippe, ce n’est rien.
- C’est ce que je me tue à lui expliquer. Ne vous en faites plus, mes jouets vous rendront la santé.
- Ce qu’il nous faut, dit la mère, c’est un traitement à la streptomycine... La Panacée, quoi ?
- Strepto... Strepto machin-chose, à vue de nez, ça ne me dit rien... Le plus simple, c’est de voir si j’ai ce qu’il vous faut... là où il le faut. Et disant cela, Mulet déballa, pêle-mêle, ce que sa hotte renfermait : un train électrique, des peluches, des albums, une canne à pêche amovible, un puzzle...
- Monsieur, coupa le père, affolé, arrêtez-vous ! et allez-vous en... Nous avons la tuberculose.
- Tstt... tstt... tstt... Ici, il n’y a que moi qui ai ce qui faut pour rendre les gens heureux.
- La tuberculose, Monsieur, reprit le père, rendez-vous compte… et vous l’avez contracté, vous aussi... Partez vite, je vous en supplie.
29 février 2008
Aristide Mulet
Oyez Oyez braves et bravesses !
Oyez et Zyeutez la vie haute en couleurs sombres de l'immarcescible, l'unique, le seul, l'inexpugnable, l'agoraphobe, le panoptique, le colérique, le dyspeptique... Aristide Mulet.
Tout, tout, tout... vous saurez tout sur l'Aristide (air connu).
Aristide Mulet
Aristide Mulet venait juste d’avoir trente-huit ans quand son père mourût de la maladie d’Alzheimer, aggravée d’un cancer du colon qu’il soignait comme il pouvait, le pauvre vieux, à coups de pilules surtout et de seringues dans les fesses. Il était dans un tel état de cachexie qu’en le pinçant à n’importe quel endroit du corps, tout le reste aurait viré au rouge. Ce fût l’expérience la plus tragique de sa vie. Jusqu’à la fin, il était resté très attaché à son reproducteur, allant lui rendre fréquemment visite dans l’hospice où il finissait ses jours. La maladie l’avait frappé cinq ans plus tôt et le vieux l’avait senti venir, demandant régulièrement à son fils de lui poser la sempiternelle question : « Quel est le prénom d’Alzheimer » ? Et lui de répondre « Aloïs », au grand contentement des deux Mulet ; pour le père, cela représentait en quelque sorte une victoire sur la maladie, un jour en plus de gagné sur sa mémoire anarchique et pour le fils, cela signifiait beaucoup aussi. A l’exception de ce pitoyable jeu de devinettes, le patriarche soliloquait la plupart du temps, sauf quand il était fourré devant la télé à biberonner des jus d’agrumes (dont « l’acidité troue le cul à mon agueusie » ressassait-il à qui daignait encore l’écouter) tandis qu’Aristide noyait son ennui dans les mots fléchés, très rarement dans un verre de cognac. Il n’avait pas vraiment conscience que son géniteur n’était plus qu’un légume aux tiges rachitiques qui se maintenait en vie par on ne sait trop quelle grâce… les infirmières y étant pour beaucoup quand même.
Il fallut l’intervention providentielle de son épouse Myrtille pour briser le charme. Un jour qu’elle l’accompagnait à l’hospice, Aristide souffrant d’une otite aiguë qui le rendait complètement sourd, elle fut obligée de lui poser la question rituelle : « Alors, Amédée, quel était le nom d’Aloïs ? ». Le vieux partit d’un soudain éclat de rire, commença à baver et rouler des yeux avant de répliquer d’une voix grotesque, presque enfantine : « Allô hisse, allô hisse… le chat est rose et bleue la forêt. Tu connais les pétoncles ? Et les furoncles, ils sont tous de ma famille ! Mais qui es-tu toi d’abord ? ». Myrtille s’enfuit de la chambre, épouvantée, suivie de loin par son mari qui, n’osant l’appeler, levait les bras en tout sens tel un pantin désarticulé puis traîna presque de force au chevet de son père agonisant, une infirmière qui avait eu la malchance de traverser le couloir au mauvais moment. Deux jours plus tard, le légume tournait à la soupe et quand il rendit l’âme, on entendit un simple pet.
Aux yeux de son fils, Amédée Mulet était mort d’une défaillance cardiaque ou d’un souci pulmonaire, un point c’est tout. Chacun pouvait bien raconter ce qu’il voulait, Aristide s’en tenait à ce qu’il avait vu : son propre père manquant de s’étouffer dans son vomi et sa tendre épouse se précipitant dehors pour chercher de l’aide. Peu importait finalement qu’il ait été le plus rapide des deux à dénicher la perle rare qui avait fait tout son possible (« elle a fait tout son possible » serina-t-il ensuite à son épouse… « je dirais même qu’elle a tenté l’impossible ») pour soulager le calvaire de son père, ils avaient rempli leur mission convenablement. Et même s’il avait ressenti une certaine frustration quand elle l’avait brutalement congédié, il n’en voulait à personne et c’est d’une assez bonne humeur, compte tenu des événements qu’il rentra ce soir-là chez lui, où il retrouva sa femme qui n’avait pas l’air dans son assiette. Elle ne pouvait pas avoir ses règles, ce n’était pas le jour ; c’était sûrement sa mère qui lui avait téléphoné.
Myrtille essaya plusieurs fois de discuter de la maladie d’Amédée mais Mulet l’arrêtait chaque fois avant qu’elle n’ait vraiment commencé. La douloureuse épine de la folie paternelle continua à lui piquer les sens pendant quelques jours mais après huit lessives et deux lessivages de vitres, elle aussi oublia tout de l’incident. Le jour de l’enterrement, Aristide retrouva tous ses cousins et cousines, les trois garçons et les cinq filles de son oncle Barnabé, mariés pour la plupart ou en voie de l’être, et une ribambelle de gosses de 2 à 8 ans qui couraient partout autour du cercueil. Seul son oncle Ursule manquait à l’appel, mais il est vrai que depuis quinze longues années, les deux frères étaient fâchés à mort. L’objet du différend familial restait un secret pour Aristide, qui à plusieurs reprises pourtant, les derniers temps surtout, avait questionné son père, en vain, recevant éternellement la même ritournelle : « La souris verte n’aime pas le gouda au cumin ! ». Ce signe tangible de la démence paternelle aurait du le mettre sur la voie mais il n’avait pas cherché à en savoir davantage, s’étant juste rendu un soir dans une fromagerie puis une animalerie pour faire l’acquisition de ces deux ennemis héréditaires et vérifier de visu.
Amédée Mulet avait vécu comme il avait pu : au mieux de sa forme jusqu’à la cinquantaine tassée puis déclinant telle une star du muet à l’avènement du parlant. Sa vie ne présentant qu’un intérêt mineur, nous passerons rapidement sur une enfance modeste sans coups d’éclats, suivie d’une adolescence provinciale qui ne brille pas non plus par son originalité. Un dépucelage compliqué à 22 ans avec une jeune hollandaise qui campait dans le champ du voisin et ne parlait pas un mot de français, prolongé par une amourette qui dura deux semaines à peu près, le temps nécessaire à la jeune Grette pour renouer le contact avec ses parents adoptifs et adeptes de la dive bouteille puis de foutre le camp, une bonne fois pour toutes ; quelques soirées mémorables (dont aucun des autres convives ne se souvient pourtant) avec les rares individus qu’il fréquentait et qu’il continua d’appeler ses copains jusqu’à l’âge de quarante neuf ans ; plusieurs boulots de merde à la déchetterie et l’abattoir municipal avant de s’enterrer dans son usine de pneumatiques ; trois rendez-vous galants en dix ans avec des filles qui n’avaient visiblement rien d’autre à faire ces jours-là… puis la rencontre décisive avec Mireille Ledisque, factrice et spécialiste locale du cabillaud en papillote. Le sujet principal reste Aristide qui dès son plus jeune âge, faisait déjà preuve d’une exemplaire singularité. Par son physique tout d’abord. Il faudrait consulter les statistiques nationales pour être sûr, mais il y a vraisemblablement peu de bébés de quatre kilos huit cent qui naissent chevelus et avec une dent. César et Napoléon en avaient une également paraît-il, mais ce n’est pas ce qui les a rendus célèbres.
Mireille Ledisque était vierge quand elle fit la connaissance d’Amédée - né lui sous le signe du taureau - un matin de novembre 1957, son recommandé à la main. Trois jours plus tard, au cours d’une soirée arrosée avec le receveur, un ancien de l’abattoir, il apprit qu’elle était scorpion et qu’elle avait passé toute son enfance à La Tranche-sur-Mer, couvée par ses parents, guides de haute montagne au chômage depuis une bonne quinzaine d’années. La première chose qu’on remarquait en la voyant, quand on faisait attention à elle, c’était son teint, rouge et blanc comme une canette de Kronenbourg. Visiblement, elle avait cherché à échapper à l’acné juvénile - les cicatrices étaient là pour le rappeler à qui s’en souciait - mais lui n’était jamais vraiment parti et s’était tranquillement installé avec toute sa famille, si bien qu’à trente ans, elle avait toujours le faciès d’une ado boutonneuse de 17 ans qui se nourrit exclusivement de viande prédigérée au Macdo du coin. Amédée n’ayant pas non plus de lien de gémellité direct avec Apollon, à l’exception de la première lettre de leur prénom, il en avait assez vite conclu que l’affaire était suffisamment bien engagée pour qu’il passe à la vitesse supérieure. Et cette histoire de poissons, entre un thon et un mulet, aboutit trois années plus tard à l’évulsion d’Amandine Mulet. A cette époque, l’échographie n’existait pas mais les gens n’en tiraient pas moins des diagnostics sur le sexe de l’enfant (c’était si amusant, ça remplaçait tranquille le Millionnaire qui n’avait pas encore été inventé) : fille ou garçon ? A considérer la façon dont Madame Mulet portait son bébé, et en tenant compte de l’axe de la lune le soir où celui-ci avait été conçu – un jeudi soir à 21 heures 35 précises, se souvenait le père - c’était un garçon qui devait naître, et Amédée lui-même, tout pénétré des secrets de l’obstétrique, une discipline pour lui très voisine de l’obstination qu’elle précédait d’ailleurs dans le dictionnaire, s’était fait à cette idée à partir du neuvième jour de la grossesse. Il aurait été catastrophé d’apprendre que le fœtus est inéluctablement féminin et qu’au bout de six semaines seulement, un chromosome Y fait parfois des siennes et fabrique à la pelle des testicules et de la testostérone. Trente années plus tard, il aurait été le genre de père à mettre en doute l’opinion du médecin, arguant que le cordon ombilical empêche bien souvent de distinguer le sexe du fœtus et « qu’on voit des filles partout à la place des garçons ». Il n’était pas très loin de croire que la fille n’était qu’un garçon à qui il manquait un sexe, un garçon qui avait mal tourné. Pour la naissance d’Aristide, il resta jusqu’au bout persuadé qu’il allait naître un mois plus tard, le jour de son anniversaire, mais il ne montra bizarrement aucune surprise quand sa femme perdit les eaux au mois d’avril, à la date prévue par la clinique. Plusieurs années après, il confia à sa femme qu’il s’était fait à l’idée d’avoir un prématuré et qu’il avait compris dès le début qu’Aristide ne serait pas quelqu’un comme les autres. L’histoire devait, pour une fois, lui donner raison.
Pour en finir avec ce spécimen dont nous nous étions pourtant promis de ne plus parler (mais les promesses sont faites pour n’être jamais tenues), Amédée refusait toutes les théories scientifiques ou religieuses sur l’origine de la Vie. Il n’y avait eu, selon lui, ni Big Bang ni intervention divine, ni même sélection naturelle et encore moins de vents cosmiques soufflant leurs microscopiques cellules à la surface de la Terre. « Dieu n’existe certainement pas, avait-il coutume de répéter, mais s’il existe, ce n’est sûrement pas un éplucheur de patates qui balance des peaux dans l’espace. Les hommes et les femmes ont toujours été présents à la surface de la planète et se sont naturellement mis ensemble, parce qu’il est impossible pour un homme d’aimer une musaraigne ou un cactus ! ».
Dix-huit mois plus tard, Mireille Mulet retourna donc à la clinique et tomba de suite très amoureuse de ce morceau de caramel mou au visage prognathe qui s’habillait déjà en un mois. Aristide devint la seule raison de vivre de cette femme qui était passée à côté de tout sans s’arrêter, aimant sa fille comme n’importe quelle mère aime ses enfants, mais se reconnaissant trop en elle pour l’adorer autant que son fils. Jusqu’à neuf mois, Aristide fut un bébé merveilleux comme on n’en fait plus, sauf en Amérique, si gros et si content de lui qu’il passait le plus clair de son temps à roupiller, se réveillant simplement pour manger et faire son rot. Quand elle le vit quelques mois plus tard ramper sur le carrelage de la cuisine et la moquette du salon, aussi habile qu’une tortue myopathe, elle se rendit compte qu’il n’était pas unique mais juste obèse. Il apprit à marcher et à parler très tardivement, avec l’aide d’un psychothérapeute qui, dans un premier temps, supprima quatre des huit biberons qu’elle lui donnait quotidiennement, avant de s’attaquer au gros du problème… si bien qu’à vingt mois, il découvrit la position assise et une semaine avant ses deux ans, se tint debout pour la toute première fois. L’existence d’Aristide ne commença vraiment qu’à l’âge de cinq ans. Tout ce qui précède a si peu d’importance que la simple évocation de ses années d’enfance suffirait à multiplier par cinq le taux de suicide dans le monde, évalué déjà à un million par an ; à ce compte-là, c’est toute la population de la Finlande qui disparaîtrait d’un coup, et on rayerait ensuite de la carte les Suisses, les Luxembourgeois, les Danois et les Islandais, année après année.
Le soir de son cinquième anniversaire, Aristide eut une sorte de révélation. Il y avait dans le monde des choses qui lui échappaient totalement et contre lesquelles il allait se battre dorénavant : les secrets cachés dans l’emballage des carambars qu’il ingurgitait à déraison de trente par jour, la reproduction des coléoptères, le pourquoi de la carotte sur le bonhomme de neige… Il fallait qu’il trouve un moyen de s’approprier ces bidules qui le narguaient jusque dans son sommeil. Et ce soir-là, marqué à jamais d’un trait de stabilo vert sur l’ardoise du fou rire, il comprit qu’il devait grandir et se faire des amis. La vie allait lui enseigner ce qu’il ne savait pas (à peu près tout) et les autres, ce qu’ils savaient. Il lui fallut beaucoup de temps pour accepter cette idée révolutionnaire : il avait été élevé à bonne école et l’appel au secours ne faisait pas partie du programme génétique.
Quand il se pointa, en compagnie d’une trentaine d’autres débiles de la région, devant les portes de l’école de Kisenfou, un petit village du Vexin épargné par le soleil et les impôts locaux, il sut que sa vie venait de choisir une nouvelle direction. Le village était lové dans son écrin de verdure et de préjugés, bourgeois et xénophobes. C’était mieux qu’un pied à terre : six pieds sous terre ! Alain Bécile, l’instituteur nouvellement nommé, le troisième en dix-sept ans, aimait l’ordre et la discipline, le bœuf bourguignon et la dinde aux marrons aussi. Les gamins venaient des environs et n’étaient pour la plupart jamais sorti de chez eux, à l’exception de Fabien Fabain, le fils du proviseur qu’Aristide avait croisé à plusieurs reprises dans la boulangerie, et de Noémie Depain dont le père tenait le seul troquet du bourg. Tous les deux avaient eu l’occasion de faire un voyage jusqu’à Paris, près de la place de Clichy pour rendre visite, l’un à une tante aveugle et l’autre, au café Wepler – car le père Depain envisageait d’agrandir son commerce. Aristide apprit beaucoup de choses dont il devait se souvenir plus tard : à écrire tout d’abord, à compter également et à disséquer les mouches - ce n’était décidément pas la saison des coléoptères. Il devint le meilleur ami du fils Fabain et largua le CP pour le CE1 puis le CE2. Le temps s’écoulait tranquillement et il connaissait quasiment toutes les réponses des carambars : il n’était pas loin du bonheur parfait.
Les années passèrent. Après l’alphabet, le vocabulaire puis la grammaire pour finir sur la linguistique en faculté, l’étude d’une cellule qui dégénère et devient une galaxie, un simple roi qui finit empereur, des 3 + 3 qui font 6 mais aussi une trigonométrie, des parallèles qui jamais ne se rejoignent… L’envie d’en découdre avec la vie commençait à titiller son pauvre cerveau en mal d’émotions fortes mais la nuit céda la place au jour, le vieux à l’air revêche la sienne à l’aveugle dans le métro et Aude Ouyoudou fit son apparition. Elle était belle, elle était incroyablement brune, malgache par sa mère et malheureuse avec son père qui abandonna le foyer familial dès qu’elle atteignit l’âge canonique de 7 ans. Ils se rencontrèrent par hasard à la cafétéria de l’université Paris III, lui avec un reste de café au fond du gobelet et elle, de l’eau chaude dans le sien qu’ils décidèrent, par un hasard encore plus mystérieux, de mélanger. Comment une jeune fille très jolie, qu’au moins cinq garçons de milieux différents rêvaient de posséder sauvagement après l’avoir simplement vue assise dans l’amphi, put-elle sympathiser avec un tel énergumène, égocentrique et ventripotent, il y a là un problème auquel je suis bien incapable d’apporter une réponse. Aristide devait avoir un charme bien à lui auquel certaines personnes triées sur le volet – d’où une certaine raideur dans leur démarche – succombaient d’une manière ou d’une autre ; ce qui est sûr par contre, c’est qu’Aude Ouyoudou souffrait d’une malformation de la hanche qui la rendait légèrement boiteuse, ce qui plût tout de suite à Mulet. « Elle claudique, j’adore » ne cessait-il de ressasser, son Don Juan à la main. La jeune femme semblait extraite d’une toile de Delvaux ou de Magritte, une beauté glaciale contredite par la chaleur de sa peau, mais elle semblait surtout se méfier des hommes comme de la peste dont avait péri sa grand-mère Rakaniwana. Allez donc savoir pourquoi elle s’amouracha d’Aristide ? Aristide qui représentait en quelque sorte son idéal masculin, un homme qu’on savait ne pas avoir à aimer pour son corps, son apparence et qui n’avait que son intelligence et son humour à offrir - autant dire rien dans le cas présent. Je suis très mauvaise langue car notre ami débordait parfois d’une bizarre vitalité, ou d’une vitale bizarrerie qui n’aurait pas déplu aux Marx Brothers et dont on retrouve parfois la trace dans certaines de ces aventures.
Du jour où il fit sa connaissance, la vie d’Aristide changea du tout au tout, gagna quelques couleurs, du gris anthracite au blanc nuageux et sembla comme s’élever vers l’infini avant de chuter brutalement, telle une palombe dans le ciel de Gironde le matin de l’ouverture de la chasse. Des gens bien intentionnés auraient dit qu’il tenait à elle, qu’il éprouvait même un sentiment amoureux pour la jeune femme qui avait chamboulé son cœur. Quelques jours plus tard, un simple contrôle sur les déictiques mit le feu aux poudres. Mulet n’avait absolument rien révisé, trop obsédé par ses pulsions érotiques qui l’avaient tenues éveillées jusque tard dans la nuit, d’une crampe à la main droite jusqu’à la pharmacie de garde, si bien que lorsqu’il découvrit le sujet d’examen : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure : comment faut-il analyser ce je dans la phrase de Proust ? », il n’essaya même pas de raconter des craques, de biaiser : il avait trop envie de baiser ! Deux tables derrière lui, Aude Ouyoudou torchait sa copie, un flot ininterrompu de verbes, de compléments et de sujets qui se réunissaient, au milieu d’une forêt de ponctuations et partousaient gaiement ; de temps à autre, elle levait la tête et surprenait la nuque fatiguée ou le regard torve de son ami Aristide auquel elle souriait innocemment, l’encourageant dans son travail d’un mouvement des yeux qu’il interprétait lui comme une invitation sexuelle. Quand le professeur leur rendit leurs copies, une semaine plus tard, il fut assez étonné d’obtenir un cinq : il ne se souvenait même plus d’avoir écrit quoi que ce soit .
On ne peut pas dire qu’Aristide aimait les études : ce qui est rassurant, c’est qu’elles ne l’aimaient pas non plus ! Au départ, notre ami envisageait de suivre des études d’histoire pour orienter ensuite ses recherches en égyptologie car il était toujours fasciné par les coléoptères, d’une famille quasi identique aux scarabées qu’on trouvait disait-on, en nombre dans les tombes des pharaons. Qu’est-ce qui l’avait donc poussé à choisir la linguistique, discipline assez ardue et peu passionnante de prime abord ? A dire toute la vérité, il s’était laissé entraîner par sa sœur Amandine, tombée amoureuse d’un type qui venait de repiquer sa première année. Son idée, c’était de pousser son frère à s’acoquiner avec ce play-boy, à vanter calmement mais fermement ses mérites auprès de lui puis, un soir choisi avec soin, lors d’une grève du métro particulièrement sournoise, l’inviter à dîner dans le studio qu’ils occupaient tous les deux. Deux raisons capitales allaient foutre ce plan à l’eau : d’une part, Aristide n’avait aucun ami chez qui aller et n’imaginait pas de dormir ailleurs que dans son lit, et de l’autre, Bernard Guilé, futur grand reporter à Hydrocéphale et Paris Match, se révéla davantage attiré par les bourrelets de graisse d’Aristide qu’il avait eu le loisir de palper à trois reprises dans l’escalier que par ceux de sa sœur, ce qui mit un terme à l’affaire. Cet échec sentimental rendit la situation familiale très explosive et pendant six heures, la sœur refusa de parler à son frère, l’accusant d’avoir délibérément cherché à soudoyer cet ange de pureté et refusant d’écouter les explications d’Aristide qui jurait par tous les dieux de la chrétienté, de l’Islam, des Juifs et des pygmées réunis, qu’il n’était pas homosexuel. Puis elle fut bien obligée de l’appeler pour ouvrir la boîte de raviolis et ils se réconcilièrent au-dessus de la casserole.
Aristide eut un peu plus de chance avec l’adversaire car un soir, Aude Ouyoudou l’invita à dîner. « Ce sera une soirée nippone, lui avait-elle dit. Ni ponne ni mauvaise, ça me convient s’esclaffa-t-il ». Il y avait six mois qu’ils se fréquentaient, d’un couloir à l’autre, entre deux amphis, l’année scolaire touchait à sa fin, il était temps qu’il passe à l’action. C’était l’un des seuls moyens de prouver à Amandine qu’il aimait les femmes ; en discutant avec sa sœur, il réussit à lui tirer deux ou trois vers du nez, sur la conduite à tenir devant une femme, les premiers mots à prononcer et surtout, la façon adéquate de mettre sa main sur la cuisse d’une femme sans recevoir la gifle fatidique. Il s’était habillé pour l’occasion d’une chemise orange trop étroite d’au moins deux tailles qui mettait en valeur ses avant-bras d’amour, assortie à un pantalon vert pomme en velours, le tout complété par une paire de Puma bien blanches aux lacets rabougris et gris et d’une veste assez originale, ni rouge ni prune, une sorte de compromis artistique guère éloigné finalement du vomi d’alcoolo… un parfait tableau de Mondrian en marche ! Il arriva chez elle à vingt heures pétantes, un bouquet de tulipes dans une main et une bouteille de Pisse Dru dans l’autre. Aude l’accueillit dans un kimono blanc brodé et l’invita à s’asseoir par terre, tandis qu’elle vaquait à ses opérations culinaires. Il lui fallut plusieurs minutes pour assimiler les règles de la génuflexion, son corps ayant une tendance naturelle à aller d’avant en arrière tel Culbuto, mais finalement il réussit à glisser ses deux jambonneaux sous lui et s’occupa comme il pût, en débouchant assis la bouteille de vin puis en battant la mesure avec les deux baguettes disposées à la place des couverts. Il en était à son deuxième solo lorsqu’elle revint dans la pièce avec un plateau garni de makis, sushis, sashimis... et autres friandises en « hi ». Aristide engouffra ces amuse-bouche trois par trois et en l’espace de cinq minutes à peine, il avait quasiment nettoyé le plateau. Quand la jeune femme revint dans la pièce, il ne restait plus qu’un couple moribond de sushis au thon et trois makis californiens. « Je vois que tu t’es bien régalé » grommela Aude. « L’entrée était excellente » beugla Aristide, légèrement éméché. « C’est rigolo le poisson et le riz ensemble, c’est la première fois que je mange ça mais j’aime bien… Qu’est-ce que tu nous as cuisiné d’autre ? Je meurs de faim ce soir, c’est la faute à Amandine, elle n’a pas voulu que je goûte. ». Si tu savais à quel point ta sœur est conne, songea Aude, tu serais un autre homme. « Il reste encore du riz et des yakitoris, ajouta-t-elle, des brochettes à la viande et au poisson : tu m’en diras des merveilles… ». Après avoir vidé quasiment tout seul la bouteille de vin, une quinzaine de brochettes et un bol de riz, Aristide se sentit outrageusement bien, repu tel un prince, et sans se poser la moindre question s’allongeât sur la moquette. Le temps d’un simple aller-retour entre le salon et la cuisine, la jeune femme constata qu’il s’était endormi, ses ronflements tonitruants ne laissant guère de place au doute. Vers trois heures du matin, Mulet se réveilla avec une douloureuse, quoique assez agréable, efflorescence de sa principale zone érogène, située approximativement entre son ventre et ses cuisses, et le plus doucement qu’il put, secoua dans son lit Aude qui avait depuis belle lurette fini de compter les moutons, de vendre leurs laines au marché noir et d’en tricoter des pulls. « Aude, j’ai un sacré lancinement au niveau du sexe, je crois, ça ne m’était jamais encore arrivé en pleine nuit : dis-moi ce qu’il faut faire ». « Ce n’est rien Aristide, soupira t’elle, tu bandes, ça arrive à tout le monde, même aux chiens. La salle de bains est juste à droite en sortant, prends une bonne douche et ça ira bien mieux après ». Mulet suivit ses conseils et s’enferma dans la salle d’eau, observant toutefois avec circonspection ce morceau de lui-même tendu comme un crayon, qui au fur et à mesure que l’eau tiède dégoulinait sur son éléphantesque carcasse, se rétracta puis disparut complètement sous sa bedaine. Il retourna dans le salon, s’affala sur le canapé et ne tardât pas à s’endormir, un filet de salive suintant sur le coussin.
Sur les conseils avisés de son oncle Barnabé, dont aucun des rejetons n’avait le brevet des collèges mais n’en menait pas moins la grande vie, Aristide quitta la faculté et chercha du travail. Il réussit assez rapidement à se faire engager dans un hôtel qui cherchait désespérément depuis six mois un gardien de nuit. L’armée le rattrapa au passage et le réforma dans la foulée, le psychiatre n’ayant décelé chez lui aucune aptitude… à quoi que ce soit ! Au cours des années qui suivirent, il eut quelquefois l’occasion de revoir Aude, mais ce n’était plus comme avant. Il y avait quelque chose de brisé entre eux, depuis la fameuse soirée japonaise. Cette explication qu’elle lui donna un soir (« Il y a quelque chose de brisé entre nous, Aristide ») ne cessa de le hanter durant trois nuits au moins, jouant avec ses nerfs comme un parkinsonien avec des osselets, lui dérobant le sommeil dont il avait tant besoin, car le plus perturbant à ses yeux, c’est qu’il n’avait aucun souvenir d’avoir cassé la moindre vaisselle chez elle ! Il fut donc assez surpris, six mois plus tard environ, d’entendre sa voix sur le répondeur ; à dire vrai, il ne l’avait pas reconnu la première fois, la seconde non plus d’ailleurs mais en réécoutant attentivement la bande après avoir éteint la radio, la télévision et l’aspirateur, il comprit qu’elle l’invitait au vernissage d’une exposition où tout le gratin serait là. Aristide avait horreur du gratin et des plats cuisinés au four mais il se rendit quand même dans sa galerie, rue Bonaparte.
Il y avait beaucoup de monde un peu partout, autour de lui surtout, les petits fours étaient vraiment trop petits et disparaissaient à vue d’œil - tels des koalas dans les forêts australiennes, rares mais tranquilles avant la venue des sbires de WWF (« ces willages wacances pour familles » se dit-il en observant une vieille femme, toute de fourrure vêtue) – et les coupes de champagne n’avaient même pas le temps d’être remplies qu’elles étaient englouties à grands coups de slurp et de khreueu. A un moment, Aude vint le retrouver et lui désigna un groupe de jeunes filles qui semblaient discuter dans leur coin (semblaient seulement car on se demandait forcément en les regardant comment un filet de voix, aussi ténu soit-il, pouvait jaillir de cette gangue de maquillage qui avait recouvert leurs lèvres, pincées comme des ôtes-agrafes). « Tu sais Aristide, ce sont trois figures de la vie parisienne et je suis très fière qu’elles aient accepté de venir… et patati et patata… Viens, je vais te les présenter, ça te fera un souvenir ». Mulet n’écoutait rien, opinant de la tête à chaque nouvelle présentation, le regard vide et l’esprit torve, à moins que ce ne soit le contraire. « Alors, lui demanda Aude quelques instants après, ça te fait quoi d’avoir parlé, enfin parlé, c’est un bien grand mot, tu n’as pas ouvert la bouche, tu n’étais que borborygmes… Enfin, ça te fait quoi d’avoir rencontré Narine Bulder… Hein, qui ? réussit-il à articuler. C’est la blonde Aristide, la plus grande des trois… Oui c’est normal, c’est parce qu’elle est mannequin qu’elle est si longiligne – on ne dit pas maigre quand on parle d’un mannequin - et à côté, oui, c’est bien elle, l’actrice aux vingt-trois films : Adajelle Isabni… E l’autre, qui c’est ? Non, Aristide, tu rigoles ? Tu ne sors donc jamais à Paris ? Cette femme aux lunettes noires, comme tu l’appelles… Oui, je sais, les lunettes, ça ne sert à rien ici mais c’est Anémie Auxthons, la femme de lettres… Comment ça, quel être ? Aristide, tu files un mauvais coton, j’ai peur pour toi… mais ne t’en va pas, je n’ai pas fini de te parler ».
Ce soir-là, Aristide rentra très énervé chez lui, déchira sa carte électorale, son passeport périmé depuis deux ans et se promit qu’on ne l’y reprendrait plus jamais. Ce n’était pas le premier janvier, l’heure des bonnes résolutions lancées à la cantonade (ce qui n’aurait pas gêné outre mesure notre ami Mulet qui habitait depuis trois semaines au cinquième étage d’un immeuble tranquille du côté de Gambetta) mais il fallait que « le pus gicle de l’abcès » et à défaut d’une sanie putride, il réussit seulement à cracher. Il était déjà vingt-deux heures mais le sommeil ne voulait pas venir. Aristide alluma la télévision, essaya de se concentrer cinq minutes durant sur un reportage ethnologique consacré aux oligophrènes épris de peinture, changea de chaîne, tomba sur un western spaghetti, eut un haut-le-cœur et décida finalement de sortir. La vie ne pouvait pas être aussi ridicule que cette soirée et cette télé ! Il y avait forcément d’autres gens qui existaient dehors, des humains de chair et de sang qui ne le regarderaient pas de haut, ne le regarderaient même pas. Si Mulet avait pu être invisible, il aurait été réellement heureux mais il était gras, presque obèse et aurait difficilement réussi à passer inaperçu. Il suffit d’un rien parfois pour couper l’herbe sous le pied d’un petit étalon qui cherche à avancer : un simple piège à ours, un bon fusil avec viseur et hop, celui qui nous a fait perdre au tiercé s’effondre en hennissant une dernière fois.
Aristide savait qu’un café restait ouvert tard la nuit, faisant l’angle entre deux rues passagères à moins de cent mètres de chez lui. Il y avait déjà consommé plusieurs cafés, mais ce soir-là, il eut juste envie d’un jus d’ananas, d’un truc vachement sucré. Il avait bu la moitié du verre quand il la vit. Elle était assise toute seule à une table au fond, près des toilettes et elle sirotait un jus d’ananas, elle aussi. C’était un signe que le destin lui envoyait. Mulet en était sûr : il devait forcément se passer quelque chose entre eux. Après une demie-heure de conversation, il apprit qu’elle était célibataire et s’appelait Myrtille Eule. Elle avait des yeux marrons, des lèvres pincées - à moins que ce ne soit le contraire - et des cheveux aussi, deux oreilles, deux bras, un genou cagneux sous sa jupe kaki (mais un genou quand même) et vraisemblablement, une rate, un foie, un estomac sous ce pull orange en laine… C’était un bon début.
Ce qu’il advint ensuite fait déjà partie de la légende.
11 février 2008
Mulet militaire, à crever de rire !
Aristide Mulet n'est rien d'autre que le 13ème apôtre, le quatrième carré d'un triangle isocèle, une cinquième dimension à lui tout seul. Aussi, quand il s'enquiquine de "la chose militaire", on peut être sûr qu'il va se passer des trucsmachinschoses dont personne n'a vraiment envie d'entendre parler.
Le dit du soldat Aristide





