Je déblogue

Curiosités, coups de coeur littéraires, musicaux, passions et dégoûts !

17 mai 2008

Du côté des celtes

9782070406395

Le cercle Celtique de Björn Larsson.

Que faut-il dire quand un livre nous tient en haleine ? J’ai toujours aimé les histoires de bateaux, plus que de marins d’ailleurs (sauf Melville, le reste m’emmerde un peu), j’ai toujours aimé ces romans avec peu de personnages, perdus et situés dans un espace réduit qu’ils ne peuvent quitter. Il s’agit là d’une espèce de quête, fantastique plus que policière, où une confrérie occulte et politique entretient des liens très étroits avec l’IRA, le Front de Libération de la Bretagne, l’ETA et certains mouvements nationalistes écossais… On se demande où la fiction s’arrête pour céder la place à une réalité qu’on connaît plus ou moins, grâce aux actualités. Le cercle celtique n’a qu’un but : ressusciter une identité celtique, une nation et n’hésite pas à user de tous les moyens dont elle dispose pour parvenir à ses fins. C’est proprement ahurissant que de suivre les aventures de ces deux personnages.

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16 mai 2008

L'évangile d'Aristide Mulet (2)

rubikskube

L’évangile selon Aristide Mulet

Après son succès dans les affaires de l’Eglise, Aristide Mulet se vit charger d’une autre mission de la plus haute importance. La rédaction, en langue plus que vulgaire de la Vulgate. Après la lecture du premier auxpuces, les autorités ecclésiastiques décidèrent de confier cette mission à un autre suppôt de Dieu. Bien entendu, ce livre est à déconseiller aux mineurs… aux chauffagistes et aux femmes enceintes.

La suite du maître-livre d'Aristide Mulet.

Les descendants de Robert

58. Robert quitta le quartier du Marais et rencontra sa femme, du côté de la République. Il la connut et elle enfanta Bernard. Robert, avec ses dix petits doigts se mit à construire une ville, et il lui donna le nom de son fils, Bernard. 59. Bernard sauta la première fille venue et enfanta Gaston ; Gaston leva une fille dans une boîte de la nuit et engendra Antoine, et Léon naquit de Antoine et de sa femme Germaine. 60. Léon, qui avait un côté pervers, prit deux femmes ; l’une s’appelait Léone et l’autre Simone. Léone enfanta Renaud, qui devint plus tard chanteur ; son frère s’appelait Michel, et plus tard, il rencontra une femme qui avait des seins en forme de poire. 61. Simone, quant à elle, enfanta Gustave, celui dont les sourcils se rejoignaient à la lisière du front ; la sœur de Gustave était Emma. 62. Léon dit à ses femmes : « Léone et Simone, vos gueules ! Je parle... Femmes de Léon, le petit patapon, prêtez-moi vos oreilles. Oui, j’ai tué un homme pour lui piquer son portefeuille, oui j’ai volé une pomme chez Taieb, le petit épicier. Oui, mon arrière-du-derrière grand-père, Robert, celui qu’avait les cheveux verts, sera vengé, mais pour cela : je dois expier ses fautes ». 63. Belle baisa une fois encore sa femme, et elle enfanta un fils et le nomma Gérard, « car L’AUTRE m’a dit : j’ai rare... ment joui comme aujourd’hui ». 64. A Gérard naquit aussi un fils qu’il appela Nonos, pour faire rire les enfants. On commença seulement alors à invoquer le nom de L’AUTRE, qui se cachait dans les bois. Il y eut un rot, il y eut un pet : onzième jour.

Liste des patriarches de Belle à Nestor.

65. Belle avait quelques ennuis avec la police, aussi, il ne se déplaçait jamais sans son livret de famille. Le jour où L’AUTRE chia Belle, il le déféqua à la ressemblance de L’AUTRE. Avec une croupe qui se dandinait, il le créa, tortillant du cul, il le créa. 66. Belle vécut 122 ans, l’âge de Jeanne Calment, et à sa ressemblance il créa selon son image, un fils qu’il appela Gérard. Après que Belle eut engendré Gérard, qu’il appelait parfois Gérald, parce qu’il aimait bien les Anglais, il continua à faire chier la terre durant six cent cinquante huit années. 67. Belle vécut en tout et pour tout 927 ans et creva la bouche ouverte. 68. Gérard vécut 83 ans et engendra Nonos. Comme Nonos n’arrêtait pas de raconter des conneries, Gérard utilisa son sperme pour la mayonnaise et dit adieu aux femmes. Après avoir évacué Nonos, Gérard vécut encore 678 ans et mourut, un doigt dans le cul, car « qui se couche avec le cul qui gratte se réveille avec le doigt qui pue ». 69. Gérard vécut 761 ans et passa l’arme à gauche. 70. Nonos vécut 77 ans et engendra Roland ; il appela son fils Roland parce qu’il avait une vraie tête de gland. Après avoir engendré Roland, Nonos vécut 599 ans et forniqua encore et encore, « car le poireau était toujours vert ». 71. Nonos vécut en tout 676 ans et se trompa dans ses additions avant de claquer. 72. Roland vécut 69 ans, dans un état de virginité à la limite de la normalité, et engendra Roger, qui ressemblait à un boucher. Après avoir mis au monde Roger, Roland vécut 583 ans et suça les pissenlits par la racine. 73. Roland vécut en tout et pour tout 652 ans. 74. Roger vécut 63 ans et engendra Jérôme, qui avait une tête de fibrome. Après avoir engendré Jérôme, Roger demanda conseil à L’AUTRE qui cuvait son vin au pied de l’arbre, et fabriqua des fils et des filles durant 239 ans à raison d’un par an. 75. L’AUTRE le trouvant à son goût, Roger, qui ressemblait à Raymond, fut enlevé par les anges de L’AUTRE et n’arrêta pas de se faire enculer. 76. Roger vécut en tout et partout 302 ans. 77. Jérôme vécut 136 ans et engendra Thomas. Après avoir engendré Thomas, Jérôme, qui travaillait la semaine à France Télécom, vécut encore 497 ans et s’endormit pour ne plus se réveiller. 78. Jérôme vécut 633 ans et ne fit plus parler de lui. 79. Thomas vécut 97 ans et engendra un fils. Il lui donna le nom de Nestor, car la plupart des prénoms étaient épuisés. Comme il le regardait droit dans les yeux, il lui dit : « Nestor, si tu sors dehors, t’es mort... ». Après avoir engendré Nestor, Thomas vécut 666 ans et les vers commencèrent leur travail. 80. Thomas vécut seulement 763 ans et se retira. 81. Nestor était âgé de 422 ans,  trois semaines et six jours quand il engendra Lucien, Rémi et Vincent... Il y eut un rot, il y eut un pet : douzième jour.

L’AUTRE décide d’anéantir l’humanité

82. Alors que les hommes avaient à peine commencé à forniquer dans la boue, et que des langoustines leur étaient nées, les résidus de fond de capote de L’AUTRE – les anges de la Bible - virent que les mômes étaient bandantes et qu’ils bramaient comme des cerfs rien qu’à les apercevoir. 83. Aussi choisirent-ils parmi les poulettes, celles qui pouvaient encore passer pour des femmes, histoire de les engrosser. 84. L’AUTRE beugla : « Mon sexe est de trente-neuf centimètres, au repos : l’homme n’est que faiblesse et son sexe n’atteindra pas vingt-cinq centimètres, en plein effort ». 85. Durant cette époque, les sadiques étaient sur la terre et baisaient à couilles rabattues, et ils y étaient encore lorsque les anges, timides et efféminés, s’approchèrent des sauterelles et, après moultes caresses, eurent d’elles des nains au visage rapetissé. Ce sont les pauvres abrutis d’autrefois, ces couillus inhibés. 86. L’AUTRE vit que les hommes de la terre continuaient à s’accoupler, à se faire tirer le chinois : à longueur de journée, son vit turgescent sonnait l’hallali dans son caleçon, et L’AUTRE se répandit sous lui d’avoir engendré l’homme. 87. Il prit son sexe dans sa main et souffla : « Merde ! je me suis fait avoir... Tous les animaux de la terre, toutes les bêtes rampantes, glissantes, suçantes... Je les éliminerais tous, un par un, car je n’ai pas été invité à leur partouze ». 88. Mais Nestor trouva grâce aux yeux de L’AUTRE, car ses couilles étaient pleines. Il y eut un rot, il y eut un pet : treizième jour.

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27 avril 2008

Un Cadavre

Dieu

Le titre de cet ouvrage (que je ne connaissais pas) est symptomatique de ma pensée nocturne : je ne pense pas à dieu mais je crois qu'il pense à moi (et n'est pas content de me (sa)voir toujours debout à 2 heures du matin) : alors, ce que je vais lui offrir ne va certainement pas lui faire plaisir. Il va même être très emmerdé. Il va penser que je me moque de lui et que je ne suis pas sérieux. La vie est juste un court moment entre la naissance et la mort, entre le premier rot et le dernier pet.

Merde aux autres qui bloquent le chemin.

Il s'agit d'un poème que j'ai écrit quand j'avais quoi : 20,21 ans (donc on arrête de rigoler... surtout toi, ricanant au fond avec le pull vert, genre le cancre du lycée près du radiateur, avec le dernier Iphone).

Mais pourquoi un pull vert ! Le premier qui trouve la réponse recevra un kilo de mini-carambars.

Un cadavre

D I E U

en quatre foutues lettres

sonne le glas de l’homme, son joug éternel

et sortant de l’ombre qui l’étiole,

une nuit sans étoiles,

le voilà, l’homme ! qui crève cette gangue,

toute âme dehors

et qui déjà tend sa joue,

s’agenouille, ricane et pleure...

et d’humanité en humanités,

sous l’arche du ciel où nous nous tenons tous debout,

du sud au nord et d’est en ouest,

nous autres, les poux, les larves grouillantes

en appelons à ta miséricorde.

Dieu,

c’est à toi que je m’adresse, directement,

à toi et à celui qui se cache derrière ce nom,

ce seul nom qui me prouve que tu es en vie, bien vivant,

bougrement vivant, non de nom !

Dieu,

Toi ou celui qui se fait passer pour toi,

ton frère jumeau, ton double éthérique, ton je-ne-sais-quoi,

tu n’es rien d’autre que

ma cible parfaite, mon pigeon d’argile qui vole, vole, vole...

Ton silence, Dieu,

a fait de moi celui qui parle trop,

celui qui toujours en vie se coule dans ton absence d’être,

celui qui se love contre ton ombre ventrue...

Au moment où le sommeil, où le silence,

où le silence du sommeil, Dieu,

se jette en un déchirant adieu

à mon cou,

je pleure comme je ris,

mais mes rires sonnent creux...

Le voile de la nature n’est toujours pas tombé,

là est ton fichu secret

que tu gardes bien au fond de toi.

Mais je saurais te percer à jour,

ton mystère est ta raison d’être :

le divulguer, ma raison de vivre.

Dieu,

au fond tu as besoin de moi !

tu as sacrement besoin de ma foi en toi :

tu es moins fort que tu ne veux nous le faire croire,

et si jamais, laisse-nous rêver !

une âme, une seule âme, libérée de ses chaînes

venait à déchiqueter

ce trop tenté tissu de cellules,

aveugles à toute réalisation divine,

qu’arriverait-il ?

Je te le demande.

Dieu, le feu en moi est païen,

la lumière qui m’habille, opaque et sans chaleur,

et rauque le souffle qui m’anime.

Cette croix que tu brandis, ce cadavre

à l’ancien nom d'homme, ce cadavre

aux peurs, angoisses, désirs et rêves qui furent les miens,

et le sont encore, ce cadavre

mort pour que je vive, ce cadavre

qui pue comme treize jours après ma mort, ce cadavre

au flanc troué sur deux bouts de bois fiché, ce cadavre

est le mien, celui de tout homme :

mais ce cadavre est le tien surtout.

Qui de nous est le plus au monde ?

Toi, impersonnel et toujours tyrannique

ma vie se réalise en toi,

mais toi, où comptes-tu encore aller en moi ?

Dieu, ton destin veut que je vive !

Je peux me retirer de toi

aussi facilement que j’y suis entré,

- tes portes, faut-il te le rappeler, sont toujours ouvertes aux quatre vents -

et je te demande lequel de nous sera le plus à plaindre ?

Oh oui ! je peux sortir de ta vie

ne t’inquiètes pas !

je te demande seulement de me rendre la monnaie de la pièce

et alors...

et alors, ceux qui viendront après moi

jugeront, s’il est encore temps de juger.

Ce que je suis,

tu l’as voulu autant que moi

mais je suis le seul à en profiter.

Aussi, quand je m’en irais, car il faut que je m’en aille,

demain ou à la veille de te rejoindre,

tu goûteras alors au limon duquel tu m’as extrait.

Dieu,

c’est à l'homme dont tu te prétends le père que je m’adresse,

l’homme que tu as conçu,

sorti de la terre, comme j’ai cru le lire quelque part.

Et je te le dis franchement :

tu n’es qu’un rêve qui ne m’a pas réveillé.

Le jour ou la nuit où je volerais de mes propres ailes

quand l’homme se sera raclé la gorge en moi,

je te prendrais à témoin, cible exacte

mes deux yeux te cernant, te situant dans ton immanence

et le pistolet fera bang !

et tu es mort.

Ton cadavre,

je le sens parfois lové contre moi la nuit,

et je n’ose bouger,

et je dors à peine,

et je te vois toujours au-dessus :

au-dessus de quoi ? et de qui ?

Ton rêve s’arrête où mon réel commence,

attends un peu !

et tu souffriras ce que tu nous a fait souffrir,

sans même le vouloir :

et tout ce discours de bien et de mal que nous te servons

depuis que tu habites nos cœurs,

je te le ferais ravaler

jusqu’au vomissement.

Tout ce que je t’ai donné, Dieu,

je te le laisse, bien volontiers,

tu cries famine depuis si longtemps :

qui d’autre que moi pourrait te rassasier ?

Ce que tu m’as donné et ce que le vie m’a repris,

ou bien le contraire :

je m’en fous du haut de mes vingt-cinq ans.

Ta clique d’évêques, de faux-prêtres émasculés,

ta merdité de curés,

je lui laisse la vie sauve :

d’autres s’en chargeront après moi.

Je n’ai qu’une chose à te dire,

et il faut que tu le saches,

avant de mourir toi aussi :

Je t’aime à me tuer.

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L'évangile d'Aristide Mulet

Oeil Non, quoique vous puissiez en penser - frappant de joie un poing irascible sur une paume qui n'en demandait pas tant (puis sur votre femme après la douleur) - le personnage à l'extrème gauche n'est pas Aristide Mulet (ni même Robert Hue atteint d'une conjonctivite aigüe - le pauvre) mais une simple représentation graphique de ce qui aurait pu arriver à notre bien aimé ami si les sbires de la PP (police papale pour les ignorants) avaient eu des ouies et lui étaient tombé dessus ! Dieu soit loué, ce ne sont pas des poissons, ni même des méchants. Et j'ose croire que peu de monde en ce bas (voir le mot à gauche) n'a entendu parler de sa dernière oeuvre, toujours en chantier (le gros problème, c'est que l'échafaudage est branlant et que les ouvriers n'en peuvent plus).

Il ne s'agit ni + ni - que de l'évangile.

Paix à nos âmes ! Aristide Mulet s'occupe de tout.

Gilles, la catéchèse est loin, le chat sur la chaise juste derrière toi !

L’évangile selon

Aristide Mulet

Après son succès dans les affaires de l’Eglise, Aristide Mulet se vit charger d’une autre mission de la plus haute importance. La rédaction, en langue plus que vulgaire de la Vulgate. Après la lecture du premier auxpuces, les autorités ecclésiastiques décidèrent de confier cette mission à un autre suppôt de Dieu. Bien entendu, ce livre est à déconseiller aux mineurs… aux chauffagistes et aux femmes enceintes.

LA GENISSE

L’AUTRE crée le ciel et l’humour

1. Lorsque L’AUTRE commença la création du ciel et de l’humour, la Terre était triste ; l’odeur de L’AUTRE planait à la surface des eaux, il n’y avait pas encore de poissons ni de moustiques. 2. Et L’AUTRE rota : « Que l’humour soit ! ». Et l’humour fut. L’AUTRE vit que l’humour était bon et se gratta l’entrejambe. 3. L’AUTRE sépara l’humour de la gaudriole, et il créa le café et TF1. L’AUTRE appela l’humour « humour » et la gaudriole, il l’appela « gaudriole ». 4. Il y eut un rot, il y eut un pet : premier jour. 5. L’AUTRE se racla la gorge et glaviota : « Qu’il y ait des playmates au milieu du paysage audiovisuel et Patrick Sébastien ». 6. L’AUTRE fit Patrick Sébastien et il créa les playmates à la poitrine opulente ; il fit Patrick Sébastien avec ce qu’il trouva, c’est à dire presque rien, un peu de merde sèche et un reste de pain mâché, et il en fut ainsi. Il y eut un rot, il y eut un pet : deuxième jour 7. L’AUTRE appela Sébastien « Belle » car il avait vu le feuilleton. Mais L’AUTRE s’ennuyait, alors il engendra la deuxième chaîne de télévision. 8. Il y eut un rot, il y eut un pet : troisième jour. 9. L’AUTRE dit : « Faisons l’homme à mon image, et qu’il ait des morpions, pour se tenir compagnie et des flatulences, pour se tenir chaud » ; ainsi fut fait. L’AUTRE créa l’homme à sa ressemblance, à sa ressemblance il le créa ; flatulent et ventru il le créa. L’AUTRE le bénit et lui dit : « Sois très con et prolifère, remplis la Terre et domine-la : voici, je te donne la télécommande et l’écran plat ». L’AUTRE vit tout ce qu’il avait fait et se masturba de plaisir, et de sa semence naquit M6. Il y eut un rot, il y eut un pet : quatrième jour. 10. L’AUTRE acheva au septième jour ce qu’un autre aurait fait en deux heures ; il arrêta ses conneries au septième jour. 11. L’AUTRE se masturba sept fois de suite et bénit sa semence, ses mains étaient humides et son front couvert de pustules, ou bien était-ce le contraire ! Telle est la naissance du monde selon la génisse.

Le jardin d’Edain

12. Le jour où L’AUTRE s’astiqua sept fois le chinois, il n’y avait encore rien de vivant sur la terre, nul animal, nulle plante : à peine de quoi nourrir un SDF. 13. L’AUTRE prit de la bouse qui traînait et barbouilla Belle ; il lui souffla dans les narines, ce qui le fit éternuer. 14. L’AUTRE, réalisant ce qu’il venait de faire, planta Belle tout seul dans ce jardin d’Edain. Il mit à disposition de l’homme la vieille télévision en noir et blanc, et garda pour lui Canal + et Canal Jimmy - car L’AUTRE avait des penchants pédophiles. 15. L’AUTRE se masturba toute une nuit et de sa semence, il fit germer des patates du sol ; comme il adorait les céréales, il invita également les chinois à venir s’occuper des rizières. Pour finir, il se rendit un dimanche chez Truffaut et acheta des arbres avec des feuilles, des branches et des cochenilles. 16. Il devait se mettre debout et pisser pour irriguer le jardin, et il aimait bien le faire car l’eau, en tombant, lui coulait le long des jambes. 17. L’AUTRE attrapa par la peau des fesses Belle qui cuvait sa bière et l’établit dans le jardin d’Edain pour s’occuper des patates et surveiller les nyakoués. 18. L’AUTRE commanda à l’homme : « Tu pourras bouffer toutes les patates qui sont dans le jardin mais tu ne toucheras pas aux fruits qui sont sur l’arbre, car ils sont pour moi, rien que pour moi ». 19. L’AUTRE dit : « Il n’est pas bon pour l’homme de rester seul, car il gaspille son sperme. Je vais lui donner une aide qui l’aidera à supporter l’existence ». 20. L’AUTRE, se rappelant un tour de passe-passe de Garcimore qu’il avait vu la veille à la télévision, claqua dans ses doigts et fit apparaître des oiseaux, des cochons, des blattes et des huîtres. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom « être vivant ». 21. Belle, qui avait la gueule de bois, se trompa quand il donna le nom aux choses : il appela les huîtres « oiseaux » et les oiseaux, il les appela « huîtres ». 22. L’AUTRE s’aperçut qu’il manquait toujours une esclave pour servir l’homme et Il décocha un uppercut au pauvre Belle qui s’endormit pour de bon. 23. Alors, tout en compulsant le manuel du petit biologiste, il créa une femme avec ce qu’il trouva sous la main. Belle, en se réveillant, s’écria : « Nom d’une couille, mate la gonzesse ! L’AUTRE... Elle a une de ces paires de roplopos, de quoi te tailler une cravate de notaire sur mesure ! ». 24. Il y eut trois rots et trois pets, l’un à la suite de l’autre (car la veille, L’AUTRE avait bouffé de la choucroute, largement arrosée de bière) : septième jour.

Belle et la playmate chassés du jardin d’Edain

25. Or la télécommande était la bête la plus astiquée de toutes les bêtes qui s’emmerdaient dans le jardin d’Edain. Elle dit à Belle qui déféquait au pied de l’arbre de la conne-naissance : « Vraiment ! L’AUTRE vous a dit : vous ne regarderez pas canal + le samedi soir ». 26. Belle, les yeux exorbités, répondit : « Est-ce que ça te dérange d’avoir de la merde au cul ? ». La télécommande lui affirma que non ; Belle l’attrapa d’un geste rageur et s’essuyant le fondement, lui dit : « Moi, si ! ». 27. Une fois fini, il reposa la télécommande à terre ; elle lui dit : « Le jour où vous regarderez canal +, vos yeux s’ouvriront et vous vous sentirez tout drôle... et votre sexe deviendra tout dur ». 28. Belle vit que la télécommande disait la vérité : il tenait pour preuve qu’elle ne s’était pas essuyée – mais c’est vrai qu’elle n’avait pas de bras, juste des petits boutons sur le corps. D’un pas décidé, quoique silencieux, il alla à l’autre bout du jardin où L’AUTRE somnolait, hagard et lui vola sa télévision couleur. 29. Il y eut un rot, il y eut un pet : huitième jour. 30. Or, le lendemain, à l’heure où Belle était muet, son jésus tout frétillant de plaisir dans la gorge de la playmate, la voix de L’AUTRE résonna. Le couillu et la souillon se cachèrent au milieu des arbres du jardin. 31. L’AUTRE, qui s’ennuyait et voulait tirer un coup, appela l’homme et lui dit : « Nous irons dans la forêt si le loup n’y est pas, si le loup y était, il nous mangerait... ». 32. Belle répondit : « J’ai entendu ton feulement dans le jardin et je suis devenu sourd, car la playmate jouait avec mon python ». 33. L’AUTRE rétorqua : « Comment oses-tu forniquer de la sorte ? Il n’y a qu’un conduit, mon fils, à ramoner. Est-ce que je ne t’avais pas dit que les sucettes filent des caries ? ». 34. Belle argumenta, comme son sexe diminuait de volume : « La playmate m’a montré le film que tu avais enregistré hier soir sur Canal + et toute la nuit elle a rêvé de chuppas, alors ce matin, comme je m’admirais, elle s’est jetée sur moi et elle a commencé la petite affaire ». 35. L’AUTRE rota à la playmate qui passait par là : « Sorcière, qu’as-tu fait là ? Ma bite est bien meilleure : elle a un goût de cannelle ; ce n’est pas comme la sienne qui sent l’urine ». La playmate murmura, s’essuyant les lèvres du revers de la main : « C’est ta télé couleur, sadique, qui m’a mis la puce à l’ovaire ». 36. L’AUTRE, cahin-caha, un peu dérangé parce qu’il n’avait pas encore fait caca, se dirigea vers le mobil home du couple et regardant la télé couleur droit dans l’écran, lui dit : « Tout ceci est de ta faute, hyène fétide, regarde mon Belle, il est tout drôle ». Et L’AUTRE lui dit encore : « Parce que tu as fait ce que tu as fait, parce que tu as fait ce qu’il ne fallait pas faire, tu seras maudit entre tous les écrans de télé, et tu t’appelleras dorénavant Grundig, pour faire allemand. 37. Je sèmerais la zizanie et la chtouille entre toi et la télécommande, entre tes chaînes et le câble. Celui-ci sera crypté et celles-là n’iront même pas sur ton vélo ». 38. Il dit encore à la playmate : « Par un tour de passe-passe - hop ! hop ! ni vu ni connu, je t’embrouille... et je te dérouille - que Majax m’a appris, je ferais de toi une femme enceinte qui souffriras beaucoup ; et tu auras un gros ventre, gros comme un œuf d’autruche boulimique, et Belle deviendra un grand boxeur qui mettra KO Tyson, et ton ventre sera son punching-ball... Ainsi j’ai parlé, Na ! ». 39. Il dit à Belle qui avait mis ses gants et s’entraînait : « Parce que tu as écouté ta femme et que tu n’as même pas fait pipi à l’intérieur de sa gorge, tu auras des poils sur le visage comme les portugaises et tes dessous de bras sentiront le varech. Oui, tu es de la merde et à la merde tu retourneras ». 40. Belle appela la playmate Inga - c’est à dire La Suceuse - du nom de l’héroïne du film qu’il avait vu la veille. 41. L’AUTRE prêta son slip kangourou à Belle et un body noir en licra à Inga. 42. L’AUTRE dit : « Voici que Belle est devenu l’un des nôtres, car il porte mon slip jaune devant, marron derrière. Maintenant, qu’il ne fasse pas éclater les coutures du slip kangourou en bandant le matin, ni ne pisse sans se déshabiller ! ». 43. L’AUTRE expulsa Belle du Jardin d’Edain pour aller porter sa parole dans le monde. 44. Ayant chassé l’homme, il encula un chérubin qui tricotait. Il y eut un rot, il y eut un pet : neuvième jour.

Robert et Raymond

45. Belle, s’y étant repris à trois fois, trouva la porte aux milles et uns plaisirs, et se répandit dans le ventre de la femme. Elle devint enceinte, enfanta Robert et dit : « Je viens de me faire défoncer par un homme, et mon ventre ressemble à un œuf d’autruche boulimique ». 46. Belle s’astiqua une fois encore le python à l’intérieur de la femme, et elle enfanta Raymond. 47. Raymond avait des cheveux blonds et une mèche qui lui tombait sur le front, et il vivait avec les moutons ; Robert, lui, avait les cheveux verts, passait son temps à dessiner des svastikas et à lire Hegel. 48. A la fin de l’année, comme le froid leur gelait les couilles, Robert se présenta devant L’AUTRE et lui échangea sa collection de croix gammées contre une montre swatch ; Raymond apporta lui aussi deux agneaux qui lui ressemblaient et l’appelaient « Papa ». 49. L’AUTRE tourna son regard vers Raymond et lui caressa les roubignoles ; mais il détourna son regard de Robert et garda sa montre qui faisait réveil aussi. 50. Robert s’en alla, et fit un bras d’honneur à L’AUTRE qui chatouillait son frère ; chiant à même le sol, il sculpta avec sa merde une statue représentant L’AUTRE. 51. L’AUTRE, qui errait comme une âme en peine, dit à Robert : « Pourquoi tournes-tu ton regard vers la terre - et ton cul loin de moi ? Si tu baisses ton froc, tu goûteras de mon gourdin ! Si tu me refuses le droit d’entrée, le remords te mordra les doigts ». 52. Robert causa à son frère du dernier album de Queen, et lorsqu’ils furent seuls aux champs, Robert tua Raymond. 53. L’AUTRE qui n’avait rien à foutre et passait son temps à emmerder les autres, dit à Robert : « Où est ton frère ? mes roustons sont comme deux boules de billard, pleines à craquer ». « Je ne sais pas où il est, répondit Robert. Je ne suis pas la petite amie de mon frère ! ». 54. « Menteur, hétérosexuel... répliqua L’AUTRE. L’odeur du sperme de ton frère empuante du sol vers moi. Tu es maintenant maudit du sol qui a recueilli le sperme de ton frère avant ma bouche... Bou !... ». 55. « Tu souffriras par où tu as cultivé les pêchers et quand tu seras dans le ventre d’une femme, tu crieras en vain pour sortir... Et quand tu seras sorti, tu vendras ton âme pour y rentrer à nouveau ». 56. Robert dit à L’AUTRE : « Comment veux-tu que je lève une fille en boîte si tu m’empêches de la baiser ? Si je dois me contenter des baisers dans le cou, c’est trop dur pour moi ». 57. L’AUTRE lui dit : « Ta... ra... ta... ta ! tu n’as que ce tu mérites ». L’AUTRE décida que tous les hommes de la race de Robert auraient un sexe ridicule, plus petit qu’un double décimètre. Robert prit son sac à dos et quitta le pays. Il y eut un rot, il y eut un pet : dixième jour.

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11 avril 2008

La poule et le poulpe

poulepoulpe

Voici une histoire qui ne manque pas de sel et s'inscrit (pour une fois) dans la réalité (une certaine forme de...). Il y est finalement question d'un amour qui marche sur des braises et finit par se consumer lentement mais sûrement. L'amour nous aide à vivre - mais à mourir un petit peu.

La poule et le poulpe

« Entre les lèvres du baiser, la vitre de la solitude ».

Roger Gilbert-Lecomte

            Tous ces jurés sont des cons. Je n’ai jamais eu de respect pour les gens du peuple, et aujourd’hui encore moins qu’hier. Où va cette république qui permet à des idiots de prendre la parole et de juger un homme ? Qu’elle aille où elle veut après tout, je m’en fous. Tout ce qu’ils connaissent de ma vie, c’est un zéro pointé et ce que les journaux ont pu cracher : des saletés, des histoires pas possibles où je ne tenais jamais mon rôle. Je sais qu’il me sera assez difficile de prouver que je ne suis pas qu’un salaud qui mérite la prison, mais je suis encore le mieux placé pour vous raconter mon histoire. Il ne tient qu’à vous d’être moins débiles que ces tortionnaires, de m’écouter et surtout, de penser à ce que vous auriez fait à ma place.

Quand je suis arrivé dans la salle d’audience, j’étais tranquille, je reconnaissais deux, trois voisins assis sur les bancs que j’ai salué de la main et quelques connaissances… puis j’ai cherché Hélène des yeux, mais je l’ai pas trouvé. La salope, c’est elle qui me colle un procès au cul et elle est même pas là le jour de ma défaite ! C’est vrai que la Princesse s’était fait représenter par son avocat, une espèce de connard aux cheveux bouclés, trente-cinq ans à peine, la chemise blanche bien repassée qui sort du complet noir… rien que de la merde sur un blanc d’œuf. Le procès a duré trois ou quatre heures, pas plus, puis le verdict est tombé. Blam ! j’ai été condamné à trois ans de réclusion criminelle sans sursis pour violence conjugale. Attendez voir ! A leurs yeux, je suis un criminel de la pire espèce simplement parce que j’ai battu ma femme, à plusieurs reprises. Je ne nie pas, je ne renie rien d’ailleurs, c’est contre mes principes. Je vous le demande à vous, qui me lisez : la liberté de la femme, c’est pas vrai qu’elle commence là où celle de l’homme commence également ? Un couple, ça marche le temps que ça marche, c’est comme une pile Duracell… et quand c’est fini, c’est vraiment plus la peine d’aller jouer de la gratte en plein hiver sous une fenêtre à double vitrage : déjà l’autre, elle entend que dalle et toi, tu te gèles les couilles devant l’interphone, c’est vraiment trop con. J’ai l’air de me foutre de tout et ça vous emmerde mais c’est de ma vie dont il est question, alors je fais ce que je veux.

            Hélène était tellement belle que… j’avais honte parfois de sortir avec elle, au début surtout. C’était un crime d’être aussi bien foutue, avec un corps, je vous en parle même pas, fait pour l’amour, c’est tout. Les rares fois où nous sommes sortis au resto, c’était toujours le même cirque, tous les mecs se retournant sur son passage, la dévorant des yeux avant de reporter leur regard bouffi de vice soit sur leur stupide femme qui tirait une tronche d’un mètre de haut, soit sur moi… et je vous jure, j’étais fier de voir l’effet qu’elle produisait sur les autres et j’arrêtais pas de gamberger, d’imaginer ce qui pouvait bien passer par la tête de ces vicelards quand ils me voyaient à ses côtés. On s’était connus tous les deux au lycée, au début de la seconde ; j’avais déjà redoublé deux fois, j’étais de loin le plus vieux de la classe et toutes les filles étaient amoureuses de moi… comme on aime à quinze, seize ans. Avec le recul, je me dis que le seul avantage d’être un cancre, un redoublant, c’est d’inspirer à la fois du respect et de l’envie de la part des plus jeunes. Comme j’avais déjà appris à dire merde, à m’esquiver avant la fin des cours pour fumer dans les couloirs, j’étais devenu à leurs yeux, en quelques mois, le mauvais garçon rebelle qui les excitait. On a continué à se fréquenter jusqu’à sa majorité et le soir où je l’ai dépucelé, elle a eu cette remarque formidable : « J’attendais ça depuis deux ans, pardonne-moi de t’avoir fait attendre ». Six mois après, nous avons décidé de vivre ensemble, d’habiter sous le même toit, elle y tenait tant. Et deux ou trois ans plus tard, j’ai été viré de mon boulot de gardien d’hôtel. Et alors… les Assedic, quelques tafs au black puis la soirée avec Boris, un pote du bahut qui était venu bouffer à la maison. Je m’en souviens bien de cette soirée, je suis vraiment pas prêt de l’oublier. Hélène nous avait servi un gratin dauphinois avec une scarole et du chèvre, et nous on s’était torché avec trois bouteilles de Brouilly. Après le café, je l’ai raccompagné au métro, et ce con, il a rien trouvé de plus malin à me dire que j’avais qu’à prostituer ma femme pour me sortir de ma merde. Il me l’a pas dit de cette façon mais c’était le sens ; il m’a juste avoué qu’il connaissait des types qui auraient craché au moins mille balles pour la baiser. J’ai fait un long détour avant de rentrer, j’avais la tête à l’envers, envie de vomir et de réfléchir, et quand je suis arrivé dans la chambre, Hélène dormait déjà. J’ai pensé à lui faire l’amour, histoire de conjurer le mauvais sort, la pénétrer doucement dans son sommeil et jouir avec elle mais je bandais pas, j’étais froid. C’était la première fois. Je me suis assis sur le lit, j’ai tiré le drap et en la regardant, en matant son cul et ses seins, j’ai commencé à échafauder un plan.

Cet avocat de mes fesses prétend que j’ai abusé moralement et sexuellement d’Hélène. Qu’est-ce qu’il en sait ? Il n’est qu’un avocat, rien qu’un putain de fruit verdâtre qu’on achète pour cinquante centimes au marché Dejean, et guère plus qu’un simple perroquet capable de régurgiter ses phrases toutes faites. Il a levé les mains en l’air en récitant son discours, citant à la queue leu leu des articles du code pénal, civil, mental, psychique… On aurait dit qu’il pissait ses sermons comme un irlandais ses Guiness dans les chiottes, ça n’arrêtait pas de couler ! A un moment, comme il reprenait à la fois sa respiration et le cours de sa phrase, j’ai ouvert ma grande gueule, lui demandant simplement d’où il connaissait ma femme, s’il avait été témoin à notre mariage et s’il bitait quoi que ce soit à la passion amoureuse. Sur ce coup là, je me suis mis le public dans la poche mais ça n’a pas duré longtemps. Il est revenu à l’attaque, tel un pittbull dans un jardin d’enfants à la recherche de nourriture, et comme le juge tapait avec son petit marteau sur le bureau, j’ai laissé pisser.

La conseillère de l’ANPE m’a regardé avec ses yeux d’épagneul empaillé mais quand je lui ai montré la carte classieuse de la société de Jérémie, elle a signé en bas et fermé sa gueule. J’étais bon pour la formation. Pour réussir dans la vie, y a pas de miracles, tu as des amis et tu t’en sors ou tu es seul et tu galères. J’ai réussi à louer un ordinateur avec un modem et une webcam et j’ai fait toute une série de photos d’Hélène à poil, dans toutes les positions et sous toutes les coutures, comme on dit. Elle n’a jamais été pudique, c’était pas un problème pour elle de tout montrer, et j’ai réalisé plusieurs clichés où elle me suçait et où nous baisions, ça changeait un peu, c’était plus vivant. Il m’a quand même fallu trois semaines pour connaître l’ordinateur, Internet et tous les logiciels qui vont avec. J’avais déjà ma petite idée derrière la tête en créant le site, et quand j’ai vu que le compteur de visites n’arrêtait pas de tourner et les e-mails d’arriver, j’ai compris que le poisson était ferré, qu’il avait la gaule et qu’il suffisait de le faire remonter à la surface. Au début, Hélène ne voyait pas très bien où je voulais en venir à inviter à la maison « les visiteurs d’Internet », comme elle les appelait. Elle trouvait cette idée étrange mais elle était prête à faire n’importe quoi pour moi, car elle connaissait mes difficultés à trouver un boulot. Elle ne savait pas encore ce qui l’attendait, mais je lui ai juré que tout irait bien mieux après. J’ai commencé doucement en installant un miroir sans teint sur le mur qui donnait sur notre chambre. Hélène n’avait pas grand chose à faire, juste se désaper lascivement, caresser ses seins, sa chatte tout en se rapprochant de la glace derrière laquelle, dans un réduit que j’avais aménagé pour la circonstance, le client la matait. J’avais installé la même machine à sous que celle qu’on trouve dans les sex-shops, reliée au circuit électrique, chaque pièce de deux euros enfilée dans la fente rallumant la lumière pour cinq nouvelles minutes de bonheur. La grande différence, c’était qu’on n’était pas dans un sex-shop qui puait le sperme, qu’il y avait des mouchoirs en papier à disposition, un fauteuil en cuir et les cinq premières minutes offertes. Tout ce cirque a duré trois ou quatre mois, mais j’en ai eu marre vite fait ; entre les éjaculateurs précoces, les radins et tous ces pervers qui se branlaient dans le noir contre le verre ou cognaient au carreau en hurlant des saloperies, je perdais presque autant d’argent que j’en gagnais.

J’ai tout laissé tomber pendant trois semaines, emprunté discrètement dix mille balles à Bruno et on s’est payé quinze jours de vacances en Corse. Hélène était aux anges, elle était fière de moi, de ma réussite, on baisait matin et soir et on s’est même marié dans une église pas très loin de Calvi. Je dormais peu la nuit, récupérant la journée sur le sable pendant qu’elle se baignait… et chaque soir, au moment du repas, je la travaillais au corps. Je cacherais pas qu’on a eu quelques scènes houleuses au début, Hélène quittant la pièce précipitamment et s’en allant marcher sur la plage puis revenant dix ou quinze minutes plus tard dans la cuisine où je l’attendais, sirotant un pastis, et se jetant à mon cou en pleurant. Dans ces moments-là, je me traitais de salaud, mais le lendemain, tout était oublié ; j’avais goûté au fric facile et c’était devenu une drogue dont je ne voulais pas me passer. Soir après soir, le poison que je lui injectais infectait ses veines et la veille du départ, c’était gagné. On est rentré début septembre, j’ai repris mes petites affaires, enrichissant le site d’une nouvelle galerie de photos et de plusieurs vidéos. Quand j’ai ouvert la messagerie, il y avait plus d’une centaines de messages et j’ai passé toute la nuit à y répondre, écoutant en boucle une chanson des Sparklehorse : « Someday, I will treat you good ». Etait-ce une promesse ou un signe avant-coureur de mon avenir ? Peu importe, c’était une chanson de circonstance.

Je me souviens bien du premier client qui est venu à l’appartement, son pseudo était Titty, parce qu’il était dingue des gros seins. Il avait la vieille cinquantaine et c’est vrai qu’il avait l’air de pas avoir baisé depuis dix ans. Quand il est arrivé, je lui ai déballé les tarifs : 50 pour une branlette, 100 pour une pipe et 200 pour la baise avec capote. Et le con, il a craché les biffetons l’un après l’autre. J’en revenais pas de voir tout ce fric sortir d’un portefeuille, presque la moitié de mon salaire de rmiste ! J’avais été un peu échaudé par le nombre de vicieux qui utilisaient le réseau pour se vidanger le poireau et j’assistais à tous les ébats sexuels dans le réduit, prêt à intervenir à la moindre incartade. Mais il n’y a pas eu de dérapage, la plupart des types étaient trop heureux de pouvoir arroser cette belle plante qui s’offrait à eux sans réserves. Au bout d’une quinzaine de jours, j’ai pu rembourser Bruno et mettre un peu de blé de côté. Généralement, il y avait deux ou trois clients par jour, à 500 euros la journée, le tout multiplié par vingt-cinq, on s’en sortait très bien. On se payait les meilleurs restaurants de Paris, les plus grands crus, des soirées au théâtre et à l’Opéra où je m’emmerdais, mais ça nous faisait plaisir d’être assis au premier rang. Je me souviens plus combien j’en ai vu défiler, presque la queue à la main… plus d’un millier. Ca a duré cinq ans comme ça, la vie était belle, je ne prenais plus le métro et dans le taxi j’étais le roi. Chaque jour je m’achetais des CD, des DVD et des bouteilles de Cognac que j’éclusais tranquillement, Hélène allait chez l’esthéticienne et au Printemps trois fois par semaine.

             Ce qu’il y a de chiant avec l’oisiveté, c’est que les journées semblent plus longues. Les premières années, tout va très bien, on fait tout ce qu’on n’a pas eu l’occasion de faire avant, on s’amuse mais à un moment, comme les semaines passent, on se rend vite compte que ça ne mène à rien et qu’on tourne en rond. J’avais déjà appris à boire mais j’ai passé sans problèmes le diplôme d’alcoolique patenté puis tenté par de nouvelles expériences stupéfiantes, j’ai commencé à prendre de la coke. Avec le recul, je me dis que je devais souffrir de l’ennui. J’étais incapable d’assumer complètement cette nouvelle vie qui s’offrait à moi et j’ai cherché à dissiper ce spleen dans les shoots délétères de la drogue. Il faut croire que tout était trop beau pour durer éternellement. Il m’arrivait même parfois d’avoir envie de me branler en surveillant Hélène qui s’envoyait en l’air avec un inconnu. Et c’est sûr qu’elle en a eu marre, à un moment. C’est un régulier, qui s’était pris de passion pour elle et lui offrait des livres à chaque nouvelle rencontre, qui m’a fait remarquer qu’il n’aimait pas tellement les femmes qui avaient des bleus sur le corps, mais je l’ai envoyé se faire foutre. Je ne la battais pas souvent pourtant, moins d’une fois par semaine – contrairement à ce que prétend son avocat, et jamais sur la figure… ou alors, c’est qu’elle bougeait. Je la cognais juste quand j’étais fatigué de la baiser, quand l’alcool ou la dope, ou les deux ensemble, se mélangeaient dans ma tête et me faisaient voir la vie différemment. Et c’est ce que je vais leur raconter à ces cons de jurés.

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L'origine de tout début de chaque commencement...

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A l'origine de chaque mythe, il y a une histoire en sommeil. Aristide Mulet est né comme il a pu - à coups de forceps et de biceps faibles quand même - et s'est tout de suite fait entendre drôlement. Cette histoire est la première qui le met en scène, à une époque où le monde balbutiait encore dans ma tête, j'avais 23 ans et je ne savais rien.

                           Le mort avait les poches pleines

            Le corps de l’homme reposait dans un somptueux coffre en bois de chêne, finement ciselé d’ornements sur les bords. Ou plutôt, ce qui restait de ce qui avait été un homme, car la scène se passe de tout commentaire, à l’intérieur d’une église, dans une atmosphère silencieuse de recueillement qu’entrelardent à peine les pleurs et les soupirs contrits. C’est d’un cadavre qu’il s’agit, d’une anatomie qui n’en est plus une pour longtemps. Bientôt, en effet, la Mort entamera la travail qui la rémunère et la lente décomposition chimique, parfumée des relents délétères de la putréfaction le soustraira à tout jamais à l’attention des hommes. Il faut donc l’enterrer de suite, juste après l’office funéraire... avant qu’il ne devienne méconnaissable.

            Aristide Mulet était mort deux jours plus tôt, un dimanche en fin de matinée. A onze heures et trente-huit minutes confia plus tard son épouse, Myrtille Mulet, née Eule. La femme avait trouvé son mari allongé dans son rocking-chair, une mouche endormie sur son visage. Elle savait, depuis toutes ces années de vie commune, à quel point la sieste était sacrée pour son époux, et jamais elle ne l’avait dérangé jusqu’à ce jour. Mais cette mouche posée sur sa joue, lui qui avait horreur des animaux, lui avait mis la puce à l’oreille, et en s’approchant à pas de loups du fauteuil où somnolait son époux, elle avait réalisé qu’il était mort. Le médecin qui l’avait ausculté avait diagnostiqué une embolie pulmonaire. Mais à quoi bon chercher un sens à ce décès ? Tout ce que l’on peut dire, sans trahir le secret de la famille, c’est qu’il était mort sans crier garde et sans prévenir quiconque... comme c’est souvent le cas.

            La cérémonie mortuaire se déroulait dans un calme olympien, un vrai calme de mort. Mulet aurait indéniablement éprouvé un regain d’affection à l’égard de son épouse s’il avait eu connaissance du soin et du brio de cette mise en bière. Rien n’avait été négligé : les cierges brûlaient dans les candélabres, le prêtre sermonnait et l’assistance était muette, toute renfermée dans une psalmodie léthargique, comme tétanisée sur place. La famille du défunt, les cousins et les rares connaissances se pressaient devant le cercueil, et après le signe de croix que quelques enfants en bas âge tracèrent dans l’air à l’envers, tout le monde regagna sa place sur les bancs. Chacune de ces personnes priait pour le repos de l’âme de ce malheureux, fauché dans la fleur de l’âge, car il n’y a que devant la mort que tout le monde est jeune. Ils décrivaient un cercle de leur place jusqu’au cercueil, et du sarcophage à leur place, déposant des baisers mouillés sur les joues déjà sèches de la veuve en habit de deuil. Le prêtre continuait sa litanie en latin, assurant par là même l’éternel repos du malheureux auprès de Notre Seigneur, et l’éplorée ne le quittait pas des yeux, s’abîmait la vue dans une contemplation digne des ascètes du désert : il était si beau et si vivant.

            Au sein de cet éther mystérieux qui sied à l’église, nul ne remarqua l’entrée en scène d’un spectateur imprévu qu’aucune âme ici présente ne se souvenait d’avoir invité. Mais celui-ci pouvait tout se permettre, n’ayant qu’un très lointain rapport avec toute forme de religion, et de toute façon, n’ayant rien appris des contingences particulières à un service obituaire - ou n’ayant rien retenu de ses leçons de catéchisme. Il avançait, bousculant les statues humaines, la gueule ouverte sur des dents d’une blancheur éclatante. Il n’était pas de la famille, cela était sûr : il devait être étranger, un danois probablement. S’il s’était cristallisé à l’endroit où il se tenait, s’il avait mêlé ses larmes aux autres, l’histoire se serait couronnée au cimetière comme il arrive la plupart du temps, à moins de tomber sur un athée que la perspective de croupir éternellement sur une étagère poussiéreuse, confinée à l’intérieur d’une boîte tape-à-l’œil ne rebutait point. Mais ce trouble-fête était trop ému pour ne pas passer outre à ce que son éducation ne lui avait jamais enseigné : la bienséance. Il guidait ses pas sur ceux des autres qui continuaient leur marche vers le cercueil, cet oblong paletot sans manches difficile à porter pour quiconque est libre de ses mouvements - mais Aristide Mulet avait bel et bien cessé de s’agiter en vain et seule les paléontologues des siècles à venir pourraient un jour s’intéresser à cette architecture osseuse.

            On eut vent de la présence de l’étranger alors qu’il s’efforçait de renverser le couvercle du coffre, griffant, mordant même, la bave aux lèvres. Le sang de la douairière lui monta aux joues à la vue de ce spectacle qu’elle n’avait pas prévue, et elle abandonna l’homme de Dieu à son latin. Il est vrai que le comportement de l’étranger, en ce lieu de piété et de tristesse était plus qu’indécent, intolérable. On se sentait le cœur levé à ce spectacle dégoûtant. L’étranger méritait une correction, et plus encore, le châtiment suprême, mais comme les anges du bon Dieu tardaient à se manifester et à lui bourrer les côtes de coups de poings... Aux cris de « Abattez cette chose », la foule prit peur et aboya ses insultes, ses menaces de mort. La chevelure de l’héritière, dénouée, tombait en cascade sur ses épaules, la sueur perlait sur chaque front, les mains se crispaient : ce qui faisait la vie resurgit dans ce lieu consacré à la mort. Mais la bête, alertée par ces cris sans pareil, montrait les dents, menaçante, tournant autour du cercueil, l’œil comme fou. Elle hurlait et bavait, et ses hurlements, amplifiés par l’écho, assourdissaient le bruit des bousculades et des piétinements.

            Le danois flairait le cercueil et s’échinait à le renverser. Dans la salle, chacun voulait mettre un terme à ces agissements, stopper net cette affreuse mascarade, mais chacun se retenait, le regard ancré sur le plus proche voisin, assez près pour être respecté, en cette circonstance exceptionnelle, comme un ami et cependant, suffisamment égoïste pour refuser la loi du talion et un quelconque acte de bravoure. Finalement, une âme, redevenue pour les besoins de la cause, un corps actif et combatif, dégaina un revolver. On se ficha bien de savoir comment cet individu avait osé pénétrer à l’intérieur de ce sanctuaire une arme à la main. Tout ce qui comptait, c’est qu’il possédait un revolver et qu’il allait donc pouvoir abattre le monstre. Le danois n’était plus que griffes et crocs, il avait si bien manœuvré que la bière se trouvait à présent en équilibre précaire, avec le vide en-dessous, et il cognait, frappait, aiguillonné par une passion qui semblait inhumaine. Au même instant, le chien de l’arme se releva, l’homme visa la forme qui s’écroula, frappée en pleine tête. Dans sa chute, l’étranger renversa le cercueil qui bascula puis s’effondra sur le sol, livrant passage, par cette ouverture inopinée à un cadavre toiletté qui roula sur près d’un mètre.

            La cervelle de l’animal dégoulinait de son crâne, ouvert en deux, et dans cette odeur de sang encore chaud, on entendit soudainement le bruit du verre cassé. Un bocal venait de glisser d’une des poches du mort, se brisant sur le carrelage rougi du sang de la chienne. Confondu à ces miasmes de chair mourante, un effluve de formol envahit l’église et piqua les yeux de ceux qui n’avaient pas fui avant, leur permettant tout juste d’apercevoir une masse informe qui doucement sortait du bocal brisé.

            C’était le cadavre d’un chiot, mort-né, que le mort gardait en sa possession. La chienne était sa mère, venue prier, à sa façon, pour son repos.

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30 mars 2008

Le dernier apôtre

ap_tre

La religion est obsédante, enivrante, cuisante (d'échecs)... mais elle fait partie intégrante de l'existence.

Une illustration par les mots.

Le dernier apôtre

« Si les gens consentaient à faire de leurs rêves un récit sincère,

on pourrait et plus facilement que de leur visage,

en déduire leur caractère ».

Lichtenberg in Aphorismes

            La main de Matthieu Dujour glissa dans son sommeil sur un front perlé de sueur. Il avait encore fait un rêve. Depuis deux semaines, il ne se passait de nuits sans qu’il ne soit réveillé par un rêve, toujours le même, obsédant, et devenant de plus en plus long et précis. Il mettait toujours un temps fou à se rendormir, quand il y parvenait. Mais ce soir-là, il ferma les yeux en vain, l’insomnie ne voulait plus le lâcher.

            Comment la vie d’un homme, tout à fait normal, peut-elle être transformée par la faute, ou la grâce des songes qui agitent son esprit la nuit ? Comment un homme, qui porte en lui plusieurs milliers d’années d’histoire, peut-il subir à ce point les critiques et les attaques de la vie ? Quand un homme qui a mené jusque-là une existence paisible, dénuée d’étrange, se comporte tout d’un coup comme Matthieu Dujour s’est comporté… c’est que quelque part, quelque chose n’est plus à sa place. On ne décide pas du jour au lendemain de réaliser ses rêves, et de faire cesser la souffrance d’un dieu mort il y a deux mille ans, en allant de chapelles en églises arracher les clous des pieds et des mains du Christ. Car les rêves, ou plutôt le rêve qui toutes les nuits troublait le sommeil de l’homme et lui faisait franchir les barrières du temps et de l’espace, le rêve qui le transportait au lieu du Crâne, à Jérusalem, à l’heure de la crucifixion du messie... ce rêve et tout ce qu’il entendit là-bas de la bouche même du fils de l’Homme reste un secret jamais divulgué.

            Jésus-Christ est-il mort sur la croix pour racheter les péchés de tous les hommes ? Tous les hommes lui ont-ils demandé, par leur silence qui en disait long, de mourir pour eux, de mourir afin qu’ils puissent vivre ? Sinon, c’est que Dieu lui-même, qui connaît tout le monde, est vraiment mort sur la croix, tué par l’homme. Matthieu Dujour n’avait jamais pensé avant, n’avait jamais cherché à savoir s’il existait, s’il pouvait exister quelque chose de supérieur à l’homme, supérieur et différent. L’homme était la seule réalité concrète - et outre cela, il y avait l’animal, le minéral, le végétal, la nature, les océans, le ciel, les étoiles, le vent... tout un ensemble de choses qu’il ne cherchait pas à expliquer, se contentant de vivre en leur compagnie plusieurs fois millénaire. Le soleil lui-même, et les autres planètes existaient déjà, bien avant qu’il ne naisse et n’en finiraient pas de vivre, comme il n’en finirait pas de mourir. L’idée de l’absolu, indéfini et infini, rendu accessible à l’homme par le biais de la divinité rendait un son différent à ses oreilles. Le hasard pouvait-il seul prouver l’existence d’un monde ? Et alors, ce qui avait été fait de cette façon, n’aurait-il pas pu l’être d’une autre ? Cela remettait en cause trop d’idées préconçues, trop de jugements hâtifs qu’il n’avait pas hésité, comme tout homme à proférer et à propager.

            Cela revenait à croire que le monde, et tout ce qu’il renfermait, tout ce qu’il contenait, la vie, les hommes, y compris lui n’étaient que le jouet d’un hasard qui aurait pu être autre. Si la vie est bien née à partir d’une cellule unique, comment savoir si celle-ci était « la plus au point » ? Il y avait trop d’hypothèses greffées à cette croyance, elle laissait trop de place aux utopies en tout genre. Ne valait-il pas mieux accepter l’idée d’une puissance omnisciente bien qu’invisible, capable de tout ? Il suffisait d’y croire après tout pour que cela se révèle vrai. Il suffisait d’y croire et de voir venir. Une seule hypothèse, aussi démente soit elle, ne limitait-elle pas les angoisses ?

            Matthieu Dujour savait qu’il n’apporterait jamais les bonnes réponses aux questions qu’il se posait : des réponses capables de le satisfaire. Le salut n’était-il pas dans le silence, comme le prêchaient les passalorynchites, une branche d’hérétiques sur l’arbre de la religion chrétienne, « qui tenaient continuellement un doigt sur leur bouche ». Ne fallait-il pas plutôt être mort, et dissous à jamais de questions ?

            Il est toujours pénible de s’avouer à soi-même qu’on a vécu à des lieues éloigné de ce qui faisait notre ambition, notre but sur Terre - pendant si longtemps. Et il est plus pénible encore de réaliser qu’on a fini par s’y habituer. L’homme est né pour apprendre, à la fois des vérités détestables sur son compte, de celles qu’on préférerait oublier - mais qui, elles, pernicieuses et aiguisées comme l’acier, ne vous oublient jamais - et à la fois qu’il est capable de réparer ses erreurs passées, s’il s’en donne seulement la peine. L’homme peut beaucoup, beaucoup plus qu’il ne le croit. Il peut même tout. C’est son grand privilège de pouvoir prétendre à tout alors même qu’il n'est rien, juste un épi de sens dans le grand vent du néant. L’homme est tiraillé de tous les côtés à la fois par ses désirs, ses fantasmes, ses habitudes, ses névroses, ses devoirs... et vit écartelé, en attendant la mort qui réunit tout, même les contraires. Dieu, dans son infinie ignorance a fabriqué l’homme à son image - et l’homme l’a rêvé tel qu’il se rêvait lui-même. Car si l’homme est le rêve de Dieu, Dieu est son plus sûr cauchemar.

            Dans une lettre à un ami, René Daumal écrivait « qu’on n’est pas libre de faire telle chose ou telle autre, mais on peut être libre en faisant telle chose déterminée ». Matthieu Dujour, en prenant violemment Dieu à partie, rendit à la liberté de pensée son son de cloches d’origine : celui qui marque les douze coups de midi. Car s’il cherchait une échappatoire en s’isolant ainsi, se coupant du reste du monde, ce dieu qu’il requérait n’était pas le Dieu des chrétiens que la religion a rendu complice de ses pires aberrations, mais une entité « surconsciente », « surpensante » à même de rejoindre ce jugement d’Alfred North Whitehead : « Dieu est cette fonction dans le monde par la raison de laquelle nos mobiles sont dirigés vers des fins qui, en notre propre conscience, sont impartiales pour nos propres intérêts », une abstraction dans un monde qui n’est rien que virtuel, une figure éternelle de l’absolu, la doublure réversible de la vérité... une intelligence idéale, « hors-normes » et qui l’emporterait sous son aile dans une extase hallucinatoire et perpétuelle.

            Il y eut entre les différentes facettes du caractère de Matthieu Dujour ce qu’on pourrait appeler une lutte intestine, visant à savoir laquelle parmi toutes ces putains du Moi emporterait la palme de la vérité éternelle - cette vérité qu’on retrouve dans la Chândogya Upanishad, où l’univers entier s’identifie à l’âme et où il est dit de l’homme : « Toi aussi, Tu es Cela ».

            Dieu, ou plutôt l’idée qu’il s’en faisait, libéra Matthieu Dujour du joug diabolique de la dévotion, ce piège ensorcelant où tant d’autres avant lui avaient péri, et lui laissa une entière liberté de manœuvres. Il n’y avait rien ni personne sur Terre ou ailleurs qui possédait la force d’entraver sa reptation ontologique. Au fond de lui-même, l’homme se dressait sur ses moignons, relevait le menton, fixait devant lui un point vague pour lui seul visible, et sourd au timbre à nul autre comparable des ossements qui se brisent et s’entrechoquent, avançait sur cette marée écumante de cadavres qui autrefois, avaient été lui-même.

            On ne saura jamais vraiment pourquoi un homme choisit d’entrer en religion comme on sort d’un tribunal, la tête haute, l’œil bravant la foule et les menottes au poignet. Il est d’ailleurs des choses qu’il vaut mieux ignorer. Toutes les meilleures raisons du monde sont - et resteront à jamais vaines à expliquer un tant soit peu le comportement d’un homme comme Matthieu Dujour. Peut-être faut-il voir pourtant, dans cette conduite aussi surprenante soit elle, la main de la fascination presque morbide que le rêve peut inspirer à l’esprit humain ? Car l’homme, finalement, en arrachant les clous des pieds et des mains du crucifié, n’obéissait qu’à ses rêves qui lui avaient secrètement intimé l’ordre d’abréger la souffrance du christ. Et c’était bien là le but recherché par Matthieu Dujour : faire cesser la souffrance d’un dieu mort, et conséquemment, faire cesser la souffrance des hommes qui adoraient ce dieu. Il avait un peu étudié les religions pour savoir que la religion chrétienne était la seule qui avait adopté comme principe de base : Souffre sur Terre : tu seras heureux dans les Cieux. La naïveté du personnage, son goût pour la simplicité et l’amour qu’il éprouvait pour l’humanité, un amour tenant plus du respect et de la compassion que d’un sentiment nourri à l’égard de ses congénères... ces raisons l’avaient décidé à agir de la sorte. C’est ainsi que durant près de trois longues années, armé simplement d’un pied de biche et d’une pince, habillé tout en noir, histoire de se confondre avec l’obscurité, il se rendait, dès la nuit tombée dans les églises pour parfaire son œuvre. Parfois, il fréquentait deux ou trois églises dans la même nuit, et parfois, il restait une semaine entière sans arracher aucun clou. Il faut croire que le rêve ne l’emportait pas toujours dans son sillage... Il faut croire qu’il ne franchissait pas toutes les nuits la porte du temps et de l’espace pour retrouver Jésus-Christ cloué sur le Golgotha, et lui parlant en rêve.

            Au cours des trois premiers mois, pris d’une espèce de frénésie que nous autres, gens doués de raison ne sauraient concevoir sans rire, il avait conservé dans une boîte en fer blanc les clous qu’il récupérait sur les statues du christ ; mais cette passion l’avait quitté peu après, il n’était pas collectionneur dans l’âme et il ne voyait plus l’utilité de conserver de telles reliques. Les semaines passèrent, et la vie en lui rendait toujours le même son, clair et cristallin, tel l’eau d’une rivière qui s’écoule sans penser à rien. Après les semaines, les mois, une année, deux années... son œuvre semblait éternelle. Mais finalement...

            Comment la justice aurait-elle pu statuer honnêtement sur le cas d’un homme tel que lui qui ne commettait aucun délit civil. La justice humaine, incapable de rien comprendre à ce comportement, l’aurait enfermé dans un asile, et aurait classé l’affaire. Il fallut donc que la justice divine, impartiale et aveugle intervienne, et s’occupe de cet hérétique qui mettait en péril son autorité.

            Un soir, dans une église, comme il retirait avec sa pince le dernier clou dans le pied d’un christ en bois de deux mètres de haut, celui-ci, seulement fixé au mur par ses clous fichés dans des joints friables comme du sable... Celui-ci bascula et s’effondra sur lui.

            Il mourût sur le coup.

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17 mars 2008

De Flint à Wolfe

Depuis le 24 janvier, après avoir quitté les suédois de la SAPO, j'ai zigzagué entre road-movie, schizophrénie et uchronie anarchisante.

james_flintTout d'abord en compagnie de James Flint, auteur du cultissime Habitus dont je reparlerais un jour, qui livre avec Electrons libres, un drôle de roman qui suit les tribulations d'un jeune informaticien - bossant dans un complexe militaire anglais - qui reçoit les cendres de son père (un sculpteur beatnik qui a abandonné sa famille quand le héros était adolescent) et cherche à savoir qui les lui a envoyées. Il parcoure ainsi les états désunis d'amère hic. Un peu déçu par ce récit - ou plutôt, et uniquement, par son style. Le reste, les personnages, l'intrigue, les décors